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Le combat d'un médecin contre un médicament,
le Mediator...
 
 
 
Grâce à Irène Frachon, pneumologue au CHRU de Brest, en collaboration avec ses confrères cardiologues, une étude a pu être réalisée, aboutissant au retrait du marché du Mediator. Leurs travaux ont été appuyés par une étude de la Caisse nationale d'assurance maladie révélant, sur sa base de données et une cohorte d'un million de diabétiques, que le risque de chirurgie valvulaire est multiplié près de quatre fois pour les patients exposés au Médiator…
Dans son livre, « Mediator 150 mg, Combien de morts » des éditions Dialogues, la pneumologue raconte...« Incroyable qu'il faille en arriver là pour que la vérité puisse être entendue. ».
Selon Irène Frachon, les cas suspects auraient dû alerter les autorités depuis plusieurs années. Depuis 2006, elle a enquêté sur le Benfluorex, molécule antidiabétique et commercialisée depuis une trentaine d'années sous le nom de Mediator par le laboratoire Servier.
C'est un article dans Prescrire, en 2006, qui interpelle Irène Frachon.
 
 
Cette revue médicale indépendante s'inquiète du maintien sur le marché du Benfluorex. Il serait cousin de l'Isoméride, coupe-faim meurtrier, aussi commercialisé par Servier, et retiré de la vente en 1997. Jeune interne à Paris, elle avait assisté au combat mené par une « poignée de médecins » pour le faire interdire.
Au CHU de Brest, deux cas graves l'alertent : une atteinte des valves cardiaques et une hypertension artérielle pulmonaire. Des symptômes proches de ceux provoqués par l'Isoméride. Les malades ont pris du Mediator, utilisé comme coupe-faim. Il n'existe pas d'informations sur la nature réelle du médicament. Elle sollicite le laboratoire, en vain. Elle obtiendra ses informations auprès de la pharmacologue de l'hôpital.
Dès 2007, elle alerte l'Agence Française de Sécurité Sanitaire de Produits de Santé (AFSSAPS), qui autorise la mise sur le marché des médicaments...
Lors d'une réunion, elle découvre que « le vote se base sur des avis d'experts anonymes dont on ignore le rôle et les conflits d'intérêts (les liens éventuels entre ces experts et des labos) ».
« En matière de santé publique, il faut des experts et une autorité de contrôle réellement indépendants », conclut la Brestoise « car la préoccupation des industriels, c'est de faire tourner leur société. »
La molécule est enfin retirée du marché français le 30 novembre 2009 par l'AFSSAPS, et la décision définitive d'interdiction prise le 14 juin 2010 par l'Agence européenne, avec cet avis sans appel : « le lien entre Benfluorex et valvulopathie est établi ».
En attendant, le Mediator aura rapporté au groupe Servier un milliard d'euros et coûté beaucoup plus aux assurances-santé en coûts induits de remboursement et d'hospitalisation. Pour combien de vies brisées ? Pour combien de morts ? Une étude universitaire évalue entre 500 et 1 000 le nombre de décès en relation directe avec le Médiator.
Extraits :
articles Ouest-France, Télégramme de Brest et Le Monde - juin et août 2010
NDLR : La dangerosité de ce médicament a été établie en 1997 aux USA. Pourquoi faut-il attendre plus de 10 ans une réaction en France ? L'insécurité de l'AMM, l'absence de pharmacovigilance, et l'influence exorbitante des laboratoires sont bien démontrés dans cette affaire. Quid des victimes ? Ne serait-il pas temps que les prescripteurs se réveillent ?
 
 
 
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