La prise de médicaments est tellement liée à l’idée de soins dans notre système de représentation occidental que nous ne pouvons imaginer de médecine sans prise de médicaments. Le médecin est encore souvent jugé par le public, à la longueur de sa prescription !
Peu à peu les médicaments chimiques ont pris la place des remèdes traditionnels, principalement
à base de plantes, pour les supplanter quasi totalement aujourd’hui. Cette médecine, tellement
majoritairement appliquée, à reléguer toutes les autres et pour beaucoup elle est non seulement
irremplaçable, mais c’est la seule valable, à tel point que l’éventail des approches thérapeutiques
en occident s’est considérablement rétréci au fur et à mesure que les médicaments chimiques s’imposaient.
Le patient et aussi le payeur n’a plus guère d’autre choix aujourd’hui si ce n’est l’homéopathie, qui aurait
disparu depuis longtemps sous les attaques répétées, si un large mouvement de thérapeutes et
de personnes ne s’étaient mobilisé pour la défendre.
Il est question ici de tenter de contre balancer une foi irraisonnée en matière de médicaments
chimiques et de mettre en lumière un certain nombre de dérives afin d’alimenter une réflexion
citoyenne et sociale sur la place que l’approche médicamenteuse détient sur la scène de la santé publique.
Mode d’action des médicaments
Les médecins modernes n’aiment pas que l’on caractérise leur art d’allopathie, action par les contraires, par différence par exemple avec l’homéopathie, qui agit par les semblables. Pourtant cette médecine s’adresse très largement aux symptômes, l’expression visible de la maladie en terme de signes, de manifestations et à l’organe malade ce qui fait dire, en raccourcis hospitaliers, que vous êtes le rein du 37, la prostate du 41 etc.…
Elle s’est progressivement imposée dans nos sociétés modernes aux motifs qu’elle serait scientifique à la différence de toutes les autres, empiriques, donc indignes de notre ère de progrès scientifique et technologique.
Ses tenants, facultés de médecine, professeurs émérites, institutions sanitaires, Conseil de l’Ordre des médecins, se battent farouchement pour éliminer toutes autres approches de la santé le plus souvent qualifiées de insuffisamment éprouvées ou charlatanesques.
Pourtant il existe d’autres pratiques qui survivent, certaines péniblement, malgré les attaques en règle dont elles sont l’objet. A la différence d’une approche des effets, des symptômes, elles ciblent des niveaux de causes plus élevées que les simples effets des maladies auxquels s’adressent les médicaments chimiques. On les appelle médecines holistiques ou encore énergétiques car elles considèrent l’être humain dans sa globalité en cherchant les causes profondes des maladies ou en se préoccupant du terrain plutôt que du seul organe ou symptôme.
Médicament et toxicité :
Par son mode d’action le médicament n’est jamais anodin. Les effets pathogènes qui accompagnent son action et qui peuvent s’avérer très dangereux voire mortels, sont dénommés par les termes très atténuateurs d’EFFETS INDESIRABLES (EI dans la suite du texte) ou effets secondaires. Au XVIème siècle PARACELSE, l’un des premiers médecins a avoir expérimenté les médicaments, déclarait qu’il n’y en avait pas qui fussent à la fois actifs et non toxiques. Plus le médicament est actif, plus il y a de risques qu’il soit toxique, toxicité proportionnelle à la dose administrée. En effet il doit être efficace et agir systématiquement. Il n’est pas personnalisé, outre le dosage, ni élaboré en fonction d’un terrain ou d’un profil particulier. C’est le plus souvent l’agent d’attaque d’un symptôme qui doit agir chaque fois qu’il est prescrit. C’est pour cela qu’il est conçu.
Primum non nocere : Cette sentence constitue l’impératif le plus connu du serment d’Hippocrate. Face aux effets toxiques des médicaments et aux maladies nosocomiales c’est à dire provoquées par les médicaments, qui font plus de morts que les accidents de la route, quel médecin se sent aujourd’hui à l’aise face à son serment ?
Le Ratio risque bénéfice
Puisqu’il y a toxicité, le résultat de l’action du médicament se traduit par le ratio risque bénéfice. Il dépend du médicament, de la dose prescrite, de la maladie, des autres médicaments consommés et du malade lui-même.
C’est au médecin qu’il appartient de juger pour chacune des prescriptions de l’équilibre entre le risque pris et le bénéfice attendu : Les antibiotiques constituent un bon exemple : Leurs effets indésirables, souvent mineurs,
peuvent s’avérer gravissimes : hépatites, insuffisance rénale, baisse majeure de globules blancs ou de plaquettes. Cependant ces effets survenant rarement, il est largement accepté que le bénéfice dépasse de loin les inconvénients. En conséquence pour éviter la complication d’une angine en atteinte rénale ou cardiaque, ou qu’une sinusite ne dégénère, la balance risque –bénéfice penche en faveur de la prescription.
Cependant, comment expliquer autrement la montée rapide de souches résistantes qui présentent dorénavant un risque majeur de santé publique, que par la prescription généralisée de ces antibiotiques ?
L’autorisation de mise sur le marché (AMM).
Ce sont les laboratoires qui effectuent principalement la recherche orientée par les besoins des patients et surtout influencée
par les critères économiques.Conséquences : les critères profonds de santé publique ne sont pas pris en compte. Cette quasi-absence de la puissance publique dans un domaine aussi sensible, alors que le consommateur paye finalement le prix fort, a des conséquences dommageables pour le cops social dans son entier : Un remède ou une molécule intéressante mais non brevetable ne seront pas pris en compte ; seules les opérations rentables, à gros budget, verront le jour :
Deux exemples :
Le DPG du Docteur Pierre TUBERI
Cet extrait du daphné gnidium, plante africaine, est actif dans certains cas de cancers dont la leucémie. Son AMM coûterait à peine ½ MF contre, le plus souvent, plusieurs centaines de MF pour les autres médicaments classiques. Mais comme le principe actif n’est pas brevetable il n’intéresse pas les laboratoires et ne sera pas mis sur le marché. Les autorités de santé n’y portent pas attention, même si son efficacité est désormais établie.
L’anticancerlin est tiré d’une plante chinoise et fait partie de la pharmacopée officielle chinoise. Comme le DPG ce remède est utile dans certains cancer et son efficacité évaluée. Comme le DPG il n’a pas d’AMM et le public ne pourra pas en bénéficier comme un médicament courant.
D’autre part, les malades du tiers monde pour cause de pauvreté ne seront que très rarement pris en compte dans les orientations de la recherche. Par cotre l’effort consenti sur la sortie de médicament, copie de ceux déjà existants est très important bien qu’ils n’apportent rien de nouveau. La plupart d’entre eux ne sont que des « MEE TOO » (moi aussi) qui ne sont pas plus efficaces que ceux qui existent déjà.
Par faiblesse, laxisme ou complaisance dans l’AMM un certain nombre d’entre eux arriveront sur le marché générant des profits d’autant plus importants que leur budget de recherche aura été bien limité.
A titre d’exemple sur les 1084 produits commercialisés par l’ensemble de l’industrie pharmaceutique suisse, l’une des plus puissante du monde, 515 sont jugés inutiles voire dangereuses, 59 % obtiennent la mention irrationnels et 189 seulement sont considérés essentiels à la pharmacopée.
Alors que la Grande Bretagne qui a la meilleure pharmacovigilance du monde ne prescrit que 4,8% des médicaments qui sont sur le marché depuis moins de 5 ans, la France en prescrit 27% !
En effet, particularité française, aux termes d’un accord entre l’industrie et les pouvoirs publics, en contre partie d’une consommation plus importante de médicaments, la France bénéficie de la part de l’industrie de tarifs préférentiels.
La surveillance des médicaments : La pharmacovigilance
Lors de l’AMM on ne connaît que partiellement la toxicité des nouveaux produits et c’est le rôle de la pharmacovigilance de compléter cette connaissance.
C’est l’usage de masse qui constitue pour le médicament l’épreuve de vérité. Ce n’est qu’après plusieurs mois, voire plusieurs années d’utilisation que se découvriront les effets indésirables (EI)- trop peu fréquents
pour être notés lors de l’observation de quelques centaines de patients cobayes durant les essais (pratiqués quelques fois à leur insu - précédant la mise sur le marché.
Comment fonctionne la pharmacovigilance et qui en est chargé ?
Ce sont les laboratoires eux-mêmes qui en sont responsables et qui collectent les données que leur transmettent les praticiens sous le contrôle des autorités de santé. En effet la loi fait obligation aux médecins d’exercer une activité de surveillance permanente des médicaments qu’ils prescrivent et dont ils observent les effets. Mais comme ce travail n’est ni rémunéré ni surveillé il reste sans suite la plupart du temps.
En ce qui concerne le contrôle des autorités de santé, les centres de pharmacovigilance, voici ce qu’en dit un pharmacovigilant de l’industrie: « Lorsque de nouveaux effets indésirables sont identifiés, ne rien voir semble être la règle : Les autorités ? Aucune pression de leur part hormis le respect des délais pour la remise des rapports, nous pouvons tout nier mais il faut faire vite et notre liberté est totale. Un médecin nous envoie une note signalant telle ou telle observation. Si nous certifions le contraire et ce sans aucune preuve ni argument, notre avis est pris comme argent comptant ».
Surprenant ce pouvoir de l’industrie face aux autorités les plus officielles et les plus puissantes. Inexistence des contrôles ? Complaisance ? On est entre experts !
Ainsi l’essentiel de l’information sur les E.I. vient-elle des laboratoires eux-mêmes qui sont ainsi juges et parties.
Le Rapport MADAWAR, audit sur la toxicité des médicaments, conclut que l’industrie a tendance à surévaluer l’efficacité et sous évaluer les risques et s’autorise à masquer la vérité sur tous ses produits et à ne pas rapporter les effets indésirables adéquatement.
C’est un contresens complet que de demander à l’industrie de constituer un dossier à charge en vue du retrait éventuel de son produit. C’est exactement demander à quelqu’un de scier sciemment la branche sur laquelle il est assis.
En clair, en France les patients testent sans le savoir la toxicité des médicaments, les industriels et les autorités se dispensent de les en informer. La loi 88-1138 du 20-12-88, rapporteur Dr Charles, des Laboratoires Pierre Fabre, autorise le corps médical à pratiquer des tests de médicament sans finalité thérapeutique directe même sans le consentement de la personne dans les cas suivants :
- Diagnostic non révélé dans l’intérêt de la personne
- Situation d’urgence, consentement non recueilli
- Absence des proches
Les citoyens sont donc invités à se prêter à ces expérimentations pour soutenir la recherche de l’industrie médicale en danger de perte de compétitivité face à l’étranger.
Quant aux médecins qui jouissent de la confiance aveugle de leurs patients, incapables de se former un jugement sain sur la question, ils sont les jouets de l’industrie qui, à l’aide d’une flotte pléthorique de visiteurs médicaux, les persuadent de prescrire toujours plus et surtout les nouveautés.
L’éventail de leurs arguments va du « il faut être dans le coup, meilleur que son voisin », jusqu’à des formes pernicieuses d’intimidation pour le praticien qui prescrit peu.
Prouver les E.I. est une véritable gageure : Il faut exclure toutes les autres causes possibles, voire disparaître l’E.I. après arrêt du médicament, le voir réapparaître après l’introduction du fautif. Pour que ça marche il faudrait justement des notifications très importantes de la part des médecins, justement ce qui fait défaut.
Dans les cas graves pour des raisons éthiques élémentaires, il est hors de question de ré administrer le médicament au malade. Aussi le doute subsistera-il. Il faudra des dizaines, voire des centaines de cas pour conclure. Aussi le retrait d’un médicament pour toxicité reste-t-il exceptionnel.
Que dire aussi de la surveillance des effets à long terme, 5, 10 ou 15 ans, dont il sera toujours impossible d’établir une réelle responsabilité du médicament ?
Les dérives et les dérapages :
Ils sont de mieux en mieux connus ainsi peut-on citer :
- Les abus de prescription et de consommation :
Les ordonnances des médecins français sont deux fois plus lourdes que celle des praticiens européens (S et V n° 964) et représentent un marché de 70 MD de francs.
- Les français consomment 2,8 fois plus d’antibiotiques que la moyenne des autres européens. La France est aussi le pays où les résistances bactériennes sont les plus nombreuses.
- Des prescriptions fictives ? La maladie veineuse « jambes lourdes » passe pour une fiction à l’étranger ; le marché des veinotoniques, guère plus efficace qu’un placebo, reste hexagonal et jalousement défendu par trois laboratoires français dont les spécialités sont remboursées par la Sécurité Sociale.
- L’usage abusif des psychotropes : Selon le rapport ZARIFIAN on sait aujourd’hui que 88% des psychotropes sont prescrits par des généralistes, 7% par divers spécialistes et seulement 5% par des psychiatres. Plus grave, 17% sont préconisés sans la moindre justification clinique. 68% des prescriptions sont motivées par un seul symptôme ce qui ne suffit généralement pas à établir un diagnostic fiable. Ces médicaments retentissent sur le comportement avec des effets indésirables parfois dramatiques et certains entraînent une forte dépendance. En six ans le marché des antidépresseurs a augmenté de 50% en volume et de 100% en valeur.
- Des prescriptions sous pression de l’industrie ?
Ex : Les anti-hyper tenseurs
Leur prescription est systématique, bien que dans la majorité des cas de simples
diurétiques suffisent. Leur action hypotensive est clairement établie et ils sont bien moins
chers que ces derniers. En outre, comme dans le cas de l’hypercholestérolémie un régime alimentaire
adapté permettrait très souvent de ne pas recourir aux médicaments mais le patient perçoit un régime
comme une contrainte. Cela ne serait guère avantageux que pour lui-même car les agents économiques
y perdraient tous : Les professions de santé, les industries pharmaceutiques et alimentaires !
- Les effets iatrogènes des médicaments :
Aux E.U. ils représentent 7% des lits d’hôpitaux et 125 000 morts par an, et les statistiques américaines
estiment que la moitié des décès de plus de 60 ans survenant à l’hôpital sont en rapport avec un effet
iatrogène. En France selon un rapport de pharmacovigilance ils représentent 10,3% des malades
hospitalisés dans le secteur public et font plus de morts que les victimes des accidents de la route
(8000 morts par an) !
1 300 000 patients présenteraient chaque année au moins un effet indésirable et ce pourcentage est
supérieur à 15% dans les services de médecine des hôpitaux. 33% de ces effets indésirables sont
considérés comme graves c’est à dire pouvant entraîner la mort ou une menace vitale immédiate ou
des séquelles, ou une prolongation d’hospitalisation ( S et V. n°964).
Pour contrer les effets iatrogènes des médicaments l’allopathie prescrit d’autres médicaments elle peut
ainsi s’assurer la « fidélisation de sa clientèle ».
- Les maladies nosocomiales, celles que l’on contracte à l’hôpital et dont une cause majeure
consiste en la prescription débridée d’antibiotiques ont conduit à l’apparition de souches bactériennes multirésistantes. Par ailleurs certains établissements seraient à ce point touchés qu’il serait impossible de les rendre totalement sains, l’asepsie des conduits de ventilation ne pouvant être réalisée totalement.
Conclusion
Le public n’exerce aucun contrôle sur le monde médical qui a su le persuader que ce n’était pas son affaire. Ainsi avec la complaisance voire la complicité des institutions et d’une majorité du monde politique le monde médical s’est largement dégradé
au regard de l’utilisation des médicaments. La cote d’alerte est largement dépassée et
le public qui se trouve aussi être à la fois le payeur et souvent la victime doit reprendre
le contrôle du système de soins, voire de santé.
A la faveur de la montée de la pensée scientifique, l’allopathie, dont l’efficacité sur les symptômes est établie scientifiquement s’est imposée sans résistance à tel point que ses inconditionnels cherchent maintenant à éliminer toute concurrence.
Mais peut-on, à la lumière de la science actuelle, caractériser de scientifique une spécialité qui cible principalement les effets et non les causes ?
A travers la nébuleuse du système de soins de nombreux lobbies se sont assurer du contrôle d’un pan entier du système de soins, le médicament, financé par le public largement abusé.
A la faveur du principe risque bénéfice, inhérent à son mode d’action la pensée médicale fondamentale s’est peu à peu pervertie et c’est ainsi que s’est développé l’impunité médicale, porte ouverte à tous les excès et les dérives : Droit aux pertes en vie humaines, droit aux expérimentations, un droit finalement de porter atteinte à la vie d’autrui, que les patients n’acceptent plus d’où la multiplication des procès dont se plaint d’ailleurs le système qui comme d’autre se pose en victime !
Cette impunité, privilège exorbitant, est bien sûr refusée aux autres approches thérapeutiques qui doivent prouver leur totale innocuité sous peine de graves condamnations. Deux poids, deux mesures?
Pour régner en maître et remettre au pas tout praticien tenté de penser et d’agir autrement, le Conseil de l’Ordre, qui dispose anormalement d’un pouvoir juridictionnel remontant au régime de Vichy, veille et poursuit sans pitié toute tentative qualifiée sans discernement de charlatanesque, sur des arguments parfois douteux,
en juge et partie, quelque fois sur la base de lettres de délation de la part de confrères jaloux ou malveillants.
La justice elle-même est abusée : On applique au médicament le principe : Pas de culpabilité sans absolue certitude, noble principe lorsqu’il est appliqué aux hommes mais douteux lorsqu’il est appliqué à un médicament. La justice doit au contraire imposer à l’industrie de faire la preuve que ses produits sont hors de cause en cas de forte suspicion.
Le bon médicament est un outil précieux mais il doit être utilisé avec prudence et discernement. Les praticiens doivent prendre en compte plus la santé du malade que sa croyance aveugle dans la toute puissance du médicament qu’ils ont eux mêmes largement contribué à former dans l’esprit des patients. C’est à eux et à aux autorités sanitaires d’expliquer le rôle et les limites des médicaments, faute de quoi ils perdront la crédibilité qu’il leur reste.
La plus grosse perte pour l’humanité se trouve dans les blocages que ces dérives ont engendrés et qui freinent voire paralysent toute avancée et nouvelle découverte hors le cadre imposé.
Pourtant dans le cas du cancer et malgré les effets d’annonces et les milliards engloutis, il n’y a pas eu de progrès réels de puis 30 ans dans le traitement de cette maladie, 1ère cause de décès en France (150 000.à 180 000 morts par an).
Beaucoup de discernement d’humilité et de bon sens seront nécessaire pour rétablir les choses à leur juste place et donner une profonde respiration au monde des soins.