LE PRINCIPE DE PRÉCAUTION
DOSSIER :
U.N.A.C.S
Union Nationale des Associations Citoyennes de Santé
OGM ET SANTE
sept 2007
PREAMBULE
Alors que les mobilisations anti OGM ciblent principalement la protection de la biodiversité et de l’environnement, il est un domaine bien
moins connu par le public et les acteurs de la dynamique anti OGM qui est l’impact du transgénique sur la santé humaine et animale.
Ces effets sont encore plus inquiétants que ceux constatés jusqu’à présent. Comme exposé ci dessous, il existe des études sérieuses
sur l’impact des OGM en santé, mais ces études ne sont pas ou très peu diffusées. La médecine conventionnelle ne s’en préoccupe pas,
mis à part quelques rares exceptions tel le Pr Belpomme. Les gouvernements jusqu’à présent font tout pour dissuader la recherche
dans ce domaine et contraindre les chercheurs à ne pas publier leurs résultats. On se souvient de l’intervention personnelle
de Tony Blair, à la demande du gouvernement américain, qui fit suspendre sur le champ le chercheur Arpad PUTZAI d’Aberdeen,
dont les travaux mettaient en évidence la toxicité d’un OGM de pomme de terre sur des populations de rats.
En ce moment, sept 2007, un laboratoire génétique de l’université Paris Sud, dirigé par le chercheur Christian VELOT est menacé de
fermeture. Enfin, ce que nous avons pu constater jusqu’à présent, est le manque de sérieux des recherches menées par les industriels
sur la toxicité de leurs produits, dont les protocoles et la durée, sont loin d’être conformes à la rigueur scientifique.
L’attitude officielle récurrente se résume à :
Le lien entre risque sanitaire et OGM n’est pas établi ! Mais à qui convient il de conduire les recherches?
Y a t-il un responsable de la santé publique ?
Que soient ici remerciés tous ces chercheurs, qui en dépit des pressions et des contraintes nombreuses qu’ils subissent, permettent de comprendre quel avenir nous réservent les Organismes Génétiquement Modifiés sur notre santé et celle de nos enfants.
A notre niveau, que pouvons nous faire ?
Conduire ses achats avec la notice de Green Peace :
« Liste des produits avec ou sans OGM »
Pour vos enfants et petits-enfants
Ecrire à votre Maire pour lui demander d’exclure de l’approvisionnement des cantines scolaire tout aliment pouvant contenir des OGM à
l’instar de nombreuses communes dont la pionnière fut Lorient il y a déjà une dizaine d’année.
En effet, si le maire d’une commune n’a pas pouvoir d’interdire la culture des OGM sur la commune, il est revanche
de son pouvoir d’exiger des fournisseurs de produits ou de repas aux cantines scolaires des certificats garantissant
l’absence d’OGM dans les aliments.
Il est aussi de votre pouvoir d’exiger que vos enfants et petits enfants soient couverts par l’assurance de la cantine
des risques sanitaires OGM (Allergies, déficience de l’immunité…)
Pour cela il convient de se faire préciser si le contrat d’assurance de la dite cantine le prévoit.
En effets certaines compagnie d’assurances et non des moindres, excluent de leur couvertures les risques sanitaires liés aux OGM.
Si un accident survenait, la responsabilité finale tomberait sur l’établissement scolaire et sur le Maire de la commune pour
le primaire ou du Conseil Général pour les Collèges.
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OGM et Santé
En matière de risques sanitaires de l'alimentation transgénique l'approche que privilégient l'industrie et l'OCDE
est la comparaison entre les compositions de l'aliment transgénique et son équivalent traditionnel. Si aucune différence
significative n'est décelée, les deux aliments sont déclarés « équivalents en substance » ce qui signifie que l'aliment
transgénique est aussi sûr que l'aliment ordinaire. La réglementation repose donc aujourd'hui sur ce concept mal défini
et non scientifique selon lequel on prouverait par l'absurde qu'une vache atteinte d'ESB est équivalente à une vache saine
du simple fait que 99,999% de leurs protéines, graisses etc. ont une composition identique. C'est là un moyen commode pour
l'industrie de s'abstenir de mener d es expériences biologiques. (cf l'Ecologiste-Vol.4 n°2-juin 2003)
TOXIQUES DES LE DEBUT
On a maintenant la preuve de la toxicité des OGM - Le L-tryptophane a été l'un des tous premiers produits génétiquement
modifiés vendus et, déjà sa toxicité apparaissait. Ce supplément diététique était consommé un peu partout. Dans les années 1980,
l'entreprise japonaise Showa Denko mit au point un nouveau procédé de fabrication du L-tryptophane en utilisant une bactérie
génétiquement modifiée (Bacillus amyloliquefaciens) ce qui permettait de supprimer deux étapes de filtration. Le nouveau produit
fut commercialisé aux Etats-Unis début 1989. Au bout de quelques mois on vit apparaître une nouvelle maladie, le syndrome de la
myalgie éosinophile (SME) - désordres neurologiques et auto-immuns chroniques (5000 personnes hospitalisées, 1500 handicapées
de façon permanente et 37 décès, mais le décompte des morts est arrêté en 1991). Le L-tryptophane contenait de faibles
quantités d'un contaminant toxique dû à l'accroissement de la production de tryptophane par la bactérie manipulée ou à
la réduction du nombre de filtration. On ne le saura jamais - un incendie a détruit les stocks de bactéries transformées.
(cf Nordlee et al.The New England journal of medicine (1996) n° 688 - mayeno et al.Tibtech nol 2, p 364 et Trends
in biotechnology (1994) n° 12 p 346) (cf Votre Santé n° 41 -février 2003)
DANGER POUR LES ALIMENTS
Lors de l'émission télévisée « Les aliments transgéniques - La marche du siècle » le 15/01/1997, Marianne Fouchet responsable de,
la réglementation à la FNAB - a indiqué qu'un végétal modifié qui sécrète dans ses cellules une substance toxique qui tue
les parasites devient lui-même un pesticide.
Le bricolage génétique peut réduire la valeur nutritive des végétaux. Ainsi la concentration en isoflavones (phytooestrogène)
favorables à la santé humaine est plus faible de 12 à 14% chez deux variétés de soja Roundup Ready (RR) de Monsanto que chez
leurs équivalents n'ayant pas le transgène introduit et poussant dans des conditions semblables.
Des plantes aussi communes que la tomate ou la pomme de terre produisent dans leurs feuilles des produits toxiques absents
des fruits ou des tubercules. Les modifications génétiques introduites dans la plante pourraient favoriser l'apparition de
ces produits dans les parties comestibles.
De plus, les bricolages génétiques peuvent avoir des effets inattendus comme la production d'une toxine que la plante ne produit
pas naturellement. Ainsi des plants de tabac transformés pour leur faire produire de l'acide gammalinoléique ont surtout produit
de l'acide octacécatétraténique toxique, que l'on ne trouve pas dans les plantes normales. (cf Votre Santé n° 41 - février 2003)
Biocontact avril 2005 informe que le 26/10/2004, La Commission Européenne a décidé d'autoriser l'importation pour la consommation
humaine de maïs OGM NK603 tolérant au Roundup de la société Monsanto. Onze états membres seulement sur 25 ont approuvé cette décision
l'été 2004 dont la France. Ce maïs a été modifié génétiquement pour pouvoir absorber ce désherbant roundup sans mourir. Lors de
la publication par Monsanto, de l'absence de problème, dans un journal scientifique, cette société n'a pas mentionné les taux
de roundup présents dans le maïs OGM.
Or cette utilisation entraîne des résidus dans la chaîne alimentaire, Cet herbicide est aussi considéré comme un polluant important
des eaux fluviales. Plus inquiétant encore, l'étude menée par l'équipe du Pr Seralini à l'université de Caen a montré que les
cellules de placenta humain sont très sensibles au roundup, à des concentrations inférieures aux usages agricoles, ce qui pourrait
expliquer les avortements et les naissances prématurées aux Etats-Unis en milieu agricole.
Autre constat inquiétant, en dessous du seuil de toxicité, il a été constaté que le Roundup agit défavorablement
sur la synthèse des hormones sexuelles, classant ainsi cet herbicide dans les perturbateurs endocriniens potentiels. Enfin,
les effets du Roundup sont toujours supérieurs à ceux du glyphosate, connu comme son principe actif. Le produit commercialisé
est donc encore plus dangereux que la molécule de départ. Ce travail a été réalisé avec le
soutien du CRIIGEN. (cf Votre Santé n°68 - mai 2005).
Ces résultats confirment l'appréciation fournie par le Dr Jean-Claude Nouet, de l'hôpital de la Salpétrière aux Etatsgénéraux
de l'éthique à Metz le 26/11/1997. Celui-ci s'était inquiété des effets futurs des OGM obtenus au hasard « d'un couper
coller » d'un paquet de gènes sur un ADN en précisant que les plus grands dangers viennent de l'accumulation des herbicides
ou des pesticides dans les OGM.
L'ammoniaque de glyphosinate et le glyphosate sont utilisés dans la production de semences transgéniques tolérantes aux herbicides,
c'est à dire à l'échelle mondiale, dans environ 75% de toutes les semences transgéniques. Or cet ammoniaque est responsable de troubles neurologiques, respiratoires et gastriques et de malformations congénitales chez l'homme et l'animal. Les enfants dont la mère a consommé du glyphosate sont plus nombreux que les autres à présenter des troubles du comportement d'origine neurologique. Food First tire la conclusion suivante: « Les effets connus du glyphosinate et du glyphosate sont suffisamment graves pour que l'on renonce à tout usage des herbicides transgéniques ». Il a aussi été découvert que le roundup de Monsanto induisait des dysfonctionnements cellulaires (troubles fonctionnels) qui sont peut-être liés aux formes humaines de cancer. (cf Horizons et débats, n°27 - septembre 2004)
DES EFFETS ALLERGISANTS
John Graham du laboratoire de nutrition de York (Grande-Bretagne) a révélé que les allergies Imputables à la consommation de soja
ne cessent d'augmenter. Cela concernait 10 patients sur 100 en 1997 et 15 en 1998. L'information publiée par la revue Sciences
et Avenir de mai 1999 l'a conduit à s'interroger pour savoir ce qui avait changé en l'espace de douze mois ? C'est l'arrivée
massive du soja transgénique qui sécrète de nouvelles protéines allergisantes omniprésentes dans notre alimentation puisque
dès 1999, 60% de la nourriture transformée en contenait. L'étude de l'unité de recherche de York a porté sur 463 personnes.
Biocontact n° 115 - juin 2002 présente la récente affaire du maïs Starlink (chronique d'un scandale annoncé, Inf' OGM n°18) qui peut
donner une idée des problèmes liés à la contamination d'un OGM potentiellement allergène dans l'alimentation. En septembre 2000,
le groupe Genetically Engineered Food Alert découvre dans différents produits destinés à la consommation humaine du maïs Starlink.
Créé par Aventis CropScience il produit la protéine Cry9c, donnant au maïs un caractère insecticide (contre la pyrale).
La FDA l'autorise pour l'alimentation animale, mais en raison de risques d'allergie, l'interdit à l'alimentation humaine.
En effet, la protéine Cry9c n'est pas dégradée par la chaleur ni par les enzymes digestives -. elle est donc un candidat
idéal à la création d'allergies. Cette contamination entraîne un nombre record de « rappels » : au moins 300 types de produits
ont dû être retirés du marché. A ce jour, 44 plaintes ont été déposées contre le maïs Starlink après des manifestations allergiques.
M. Kawata, de l'université de Nagoya au Japon, dénonce le protocole utilisé pour les analyses de la protéine Cry9c (notamment par
rapport aux échantillons témoins) par l'EPA (Vagence de protection de l'environnement aux Etats-Unis) et le CDC (centre américain
de contrôle des maladies) et affirme que « les tests de non allergénicité ne sont pas valides ».
(cf www2.odn.ne.jp/cdu37690/problemsinCDCreportO.htm.)
Contrairement aux allergies dues aux acariens ou au pollen, aucune méthode de désensibilisation n'existe pour les
allergies alimentaires. Des tests sériques pourraient être effectués, mais vu le coût de ce genre d'analyses, ils restent
difficilement envisageables dans un contexte de compression des dépenses de santé. La seule méthode fiable pour prévenir
les réactions reste d'éviter l'aliment en cause. Pour cela il serait nécessaire de mettre en place une traçabilité et un
étiquetage précis afin de permettre aux personnes allergiques d'éviter autant que possible les aliments incriminés. Mais
l'étiquetage doit non seulement indiquer la présence d'OGM, mais surtout quel OGM, avec quelle modification génétique,
produisant quelle protéine. Seul cet étiquetage permettrait aux médecins allergologues un meilleur suivi des substances
à risques. A défaut, il est totalement impossible d'éviter ces produits allergènes s'ils sont dissimulés dans
une construction génétique.
Aujourd'hui, 25% des américains déclarent réagir à certains aliments, tandis que 2% des adultes et 8% des enfants ont de véritables
allergies. Les personnes dont les allergies sont transmises par l'IgE (immunoglobuline E, un anticorps impliqué dans les réactions
allergiques) ont des réactions immédiates à certaines protéines, qui vont des démangeaisons à des chocs anaphylactiques pouvant
être fatals. Les allergies aux arachides ou à d'autres noix et aux fruits de mer sont les plus communes.
Pioneer Hibred International (semence hybride) avait introduit un gène de la noix du Brésil dans des variétés de soja, pour
accroître leur teneur en protéine. Des chercheurs de l'université du Nebraska ont montré en 1996, par des tests in vitro et
cutanés, que ce soja réagit avec l'IgE des personnes allergiques à la noix du Brésil d'une façon telle que sa consommation
pouvait être fatale. (cf New England Journal of medicine mars 96 et Votre Santé n°41 - février 2003)
Même chose pour des pommes de terre génétiquement manipulées pour produire la lectine GAN qui renforce la résistance aux insectes
et aux nématodes. On a constaté des effets négatifs, en particulier sur l'appareil digestif (prolifération de mucosités gastriques),
chez les rats nourris de pommes de terre transgéniques. Les rats nourris de pommes de terre ordinaires auxquelles on a simplement
ajouté de la lectine GAN ne les présentent pas.
Ces dommages avérés n'empêchent pas les entreprises de biotechnologies d'utiliser des gènes de micro-organismes plutôt que
de plantes alimentaires.
RESISTANCE AUX ANTIBIOTIQUES
Selon l'hebdomadaire britannique New Scientist, une étude non publiée dirigée par Robert Havenaar de l'Institut de recherche
en nutrition de Zeist (Hollande) vient de montrer que les gènes de résistance aux antibiotiques peuvent séjourner dans
le tube digestif sans être dégradés pendant six minutes.
Avec la transgenèse le gène d'intérêt est transféré dans la plante, c'est à dire le gène qui code pour le caractère que
l'on souhaite transmettre. Stanley Ewen pathologiste à l'université d'Aberdeen a, en novembre 1998 au colloque sur les lectines
à Lund en Suède, mentionné avoir observé dans l'intestin des rats de Pusztai, une accumulation de lymphocytes, signe d'une infection.
Au côté du transgène les, généticiens utilisent un gène marqueur pour vérifier que la transgenèse a réussi. Bien souvent
ce marqueur est un gène de résistance à un antibiotique. On l'associe au gène d'intérêt avant de le multiplier dans les bactéries
ce qui les rend résistantes à l'antibiotique.
Patrice Courvalin chercheur à l'institut Pasteur précise que ce gène marqueur de résistance est le plus souvent sous le contrôle
de promoteurs bactériens. 11--ne s'exprime donc pas dans la plante (ce qui prouve son inutilité), mais il suffirait qu'il
se recombine avec un chromosome ou un plasmide bactérien pour pouvoir s'exprimer d'emblée. On a utilisé le gène de résistance
à l'ampicilline (dans le maïs transgénique de Novartis) qui code pour une pénicillinase. Ce gêne confère la résistance à
toutes les pénicillines, et en particulier à l'amoxicilline, très utilisée en thérapeutique. En outre un simple changement
de base dans ce gène peut le transformer soit en gène codant pour une céphalosporinase capable d'inactiver les céphalosporines
les plus récentes, soit en gène codant pour une pénicillinase insensible aux inhibiteurs (acide clavulanique, tazobactam, etc... ).
Le gène aph 3'-3 utilisé dans le colza confère d'emblée la résistance à l'amikacine (aminoside de recours dans les infections
nosocomiales dues à des bactéries multirésistantes), mais celle-ci est très difficile à détecter à l'antibiogramme,
car il n'entraîne pas une augmentation des concentrations minimales inhibitrices - il abolit l'activité bactéricide de l'antibiotique et supprime sa synergie avec les bêtalactamines.
Un autre gène, utilisé dans le coton de Monsanto, l'aad3"9 confère la résistance à la streptomycine, qui peut être prescrite
lors du traitement de staphylocoques et d'entérocoques résistants à la gentamicine et à la spectinomycine. (cf Concours médical 26/06/03-07-99-121-25/26)
Pour Patrice Courvalin « alors que depuis 20 ans aucune nouvelle famille d'antibiotiques n'est apparue sur le marché, est-il donc
raisonnable d'utiliser des gènes de résistances aux antibiotiques existants au risque de les rendre inopérants ? ».
L'étude de Johannes Sikorski de l'université d'Oldenburg (Allemagne) parue dans la revue de référence MICROBIOLOGY, confirme
les recherches de Patrice Courvalin en mentionnant que le transfert de gènes de la plante vers la bactérie est possible.
C'est aussi l'avis de l'Afssa saisie en octobre 1999 par les ministres de la santé, de l'agriculture et de la consommation qui
rappelle que la réglementation prévoit désormais d'éviter l'utilisation de gènes conférant la résistance à un antibiotique
susceptible d'avoir des effets préjudiciables sur la santé humaine et animale. L'utilisation de micro-organismes génétiquement
modifiés utilisant des gènes de résistance à un antibiotique comme marqueur de sélection présenterait un risque non
négligeable de transfert de ces gènes à des bactéries de la flore intestinale et qu'il conviendrait donc d'être beaucoup
plus restrictif pour ces micro-organismes.
La seule étude humaine sur des aliments transgéniques établissant si un gène marqueur de résistance antibiotique pouvait survivre
dans l'intestin et être repris par des bactéries intestinales n'a pas été publiée à ce jour. Ses résultats peuvent cependant
être trouvés sur le site de l'agence britannique des normes alimentaires qui a commandité cette étude.
(FSA Website-reports G010008-2002). Pour les chercheurs la question n'est pas de savoir si la digestion humaine laisse l'ADN du transgène entièrement dégradé en sortie mais de savoir si un fragment d'ADN est susceptible d'être tranféré par l'intermédiaire de la digestion à des bactéries dans le tube digestif. La question du transfert ne se pose pas à la sortie mais au niveau des effets physiologiques des transgènes et de leurs produits tout au long de la digestion. Ainsi l'ADN transgénique ne survit pas seulement chez les souris (Schubbert R et al, op.cît.) ou dans des intestins artificiels (MacKensie D, op.cit.) mais également chez l'homme et pourrait être repris par des bactéries intestinales, au moins au cours de la première partie de la digestion. Le commentaire de la FSA n'induit pas seulement en erreur, il est tout simplement faux. (cf l'Ecologiste - Vol.4 n°2-juin2OO3)
RESULTATS EN EXPERIMENTATION ANIMALE
1) Première et dernière évaluation officielle de la sécurité d'un produit transgénique par la FDA (agence américaine de sécurité
des aliments et médicaments), une étude sur la tomate FLAVR SAVR TM comprenait une expérience de nutrition de rats pendant 28 jours.
Comme la valeur nutritionnelle et la toxicité potentielle des tomates trangéniques ne pouvaient être établies par des tests de
nutrition classique, une nouvelle méthode fut mise au point.
Les rats (mâles et femelles) recevaient une alimentation normale. Ils recevaient également par intubation stomacale une dose
journalière de purée de tomate transgénique pour le groupe d'essai et de tomate non transgénique pour le groupe de contrôle.
L'évaluation histologique de l'effet direct sur l'estomac des tomates transgéniques, comparé à celui des tomates non transgéniques,
indiquait une augmentation - peut-être liée au traitement - de l'érosion/nécrose des glandes de l'estomac chez quatre sujets
femelles sur vingt, mais aucune parmi les rats du groupe de contrôle ou parmi les mâles. Le chiffre s'éleva à sept dans un
nouveau décompte fait par un panel de pathologistes indépendants. Bien que dans une réitération de l'étude les tomates
transgéniques et les tomates de contrôle soient provenues de lieux et de récoltes différents, les résultats confirmèrent
les observations initiales.
Les femelles présentaient des lésions stomacales nécrotiques à point rouge sombre. Elles sont appelées « érosion »
en pathologie humaine et pourraient avoir des conséquences telles que des hémorragies susceptibles de mettre la vie de personnes
âgées en danger, particulièrement si elles prennent de faibles doses d'aspirine pour prévenir les thromboses. En effet une synergie
avec les tomates transgéniques pourrait alors survenir.
Les rats dans cette étude servaient de modèles pour les humains et les résultats auraient donc dû être replacés dans un
contexte humain, particulièrement du fait que sept rats sur les quarante qui mangeaient des tomates transgéniques sont morts
en deux semaines sans que la nature de ces morts ait été spécifiée et sans qu'on ait non plus démontré l'absence de relation
avec l'ingestion de tomates transgéniques ni qu'on ait poussé plus loin l'investigation sur ces morts. De façon très curieuse,
la FDA n'a plus jamais requis depuis d'évaluation nutritionnelle et toxicologique pour aucun autre aliment transgénique. (cf l'Ecologiste - Vol.4 n°2-juin 2003)
2) Pommes de terre transgéniques et toxine Bt
Une intéressante étude histologique au microscope électronique a été menée sur la partie inférieure de l'intestin grêle (iléon) de souris nourries avec des pommes de terre modifiées, porteuses du gène de la toxine CRYI de Bacillus thuringiensis (Bt). Par mesure de contrôle, l'effet de la toxine elle-même a aussi été étudié. Les résultats ont montré que le principe actif du Bt et dans une moindre mesure la pomme de terre Bt provoquaient tous les deux la rupture, le gonflement et la multiplication des noyaux des cellules de la surface de l'intestin et augmentaient leur autodégradation. Cette étude a établi une fois pour toutes que, contrairement à la croyance générale, la toxine Bt CRYI ne se dégrade pas dans l'intestin mais adhère à sa surface et peut induire des effets immunitaires majeurs (cf Vazquez-Padron RI et al, Biochemical and Biophysical Research communications 271,54-58 (2000). Malgré l'importance de ces observations, les listes d'études de référence officielle pro-OGIVI ne mentionnent jamais cette étude. (cf l'Ecologiste précité)
3) Pommes de terre transgéniques et lectine (protéine végétale insecticide)
Etude histologique du tube digestif entier de rats nourris de pommes de terre transgéniques exprimant une protéine, la lectine
GNA (Ewen SWB, Pusztai A, The Lancet 354,1353-1354-1999. Le GNA est l'acronyme de Galantus nivalis agglutinin) dont le gène provient
du perce-neige Galantus nivalis - des groupes de jeunes rats en pleine croissance ont été nourris dans une stricte parité durant 10
jours avec différents régimes de pommes de terre crues ou bouillies contenant la même quantité de protéines et d'énergie, Le
groupe test recevait des pommes de terre transgéniques, Les deux régimes de contrôle contenaient la même quantité de pommes
de terre non-OGM de la même lignée parentale, additionnée de GNA à la même concentration que celle exprimée dans les pommes de
terre transgéniques ou sans GNA.
L'examen au microscope d'échantillons d'estomac, d'intestin grêle (jéjunum et iléon) et de gros intestin (cæcum et colon) a révélé
des proliférations cellulaires sur la majeure partie du tube digestif dans le cas du régime pommes de terre OGM alors que cela n'a
pas été constaté dans les groupes de contrôle. Cette différence se manifesta de la manière la plus frappante dans l'intestin
grêle altéré des rats nourris de pommes de terre transgéniques crues et dans une moindre mesure également chez les rats nourris
de pommes de terre transgéniques cuites.
Les résultats ont souligné une nouvelle fois la nécessité d'une étude approfondie au cas par cas des effets de toutes les
lignées de plantes transgéniques sur la structure des intestins et leur métabolisme. Cette étude est partie intégrante
du processus de régulation avant toute introduction dans la chaîne alimentaire humaine. (cf l'Ecologiste-Vol.4 n'2-juin 2003)
Toujours concernant les recherches du Dr Arpad Pusztai du Rowett Research Institude d'Aberdeen (Ecosse) sur ces jeunes rats, Biocontact n° 105 de juillet 2001 relate qu'elles ont mis en évidence après 10jours de régime un affaiblissement de leur système immunitaire et le développement anormal de plusieurs de leurs organes internes - lors de l'analyse des tissus de 125 rats, il observe une-stimulation anormale du pancréas, des intestins, de la prostate et des testicules, une atrophie du foie et un retard dans le développement du cerveau. Au bout de 110 jours, l'effondrement du système immunitaire est total. Il est également surpris par l'instabilité génétique des pommes de terre modifiées,
4) Lors d'un essai en laboratoire, des entomologistes de l'université Cornell de New York ont déposé sur des feuilles de
laiteron (une plante à fleur jaune dont les tiges et les feuilles contiennent un latex blanc et qui pousse dans les prairies,
au bord des routes et autour des champs de maïs) du pollen normal et du pollen de maïs transgénique N-4640-Bt dont la résistance
à la pyrale (insecte ravageur des récoltes) a été améliorée grâce au gène de la bactérie Bacillus Thuringiensis (Bt). Puis ils y
ont déposé des larves de monarque âgées de 3 à 5 jours. Résultat - après quatre jours de consommation de feuilles de laiteron,
le taux de survie des chenilles était de 56% sur les feuilles enduites de pollen transgénique et de 100% sur les feuilles enduites de pollen normal ou sans pollen - une mortalité nulle qui indiquerait que la mort des autres larves serait dûe au gène manipulé. Quant aux larves soumises au pollen transgénique et encore vivantes, elles « se nourrissaient moins, avaient un développement plus lent » que les autres. Les chercheurs estiment donc que le maïs transgénique pourrait être fatal à ces papillons considérés au même titre que le panda et la baleine comme un symbole de protection de la nature. (cf Le Généraliste 8/6/99).
CAUSE DE MALADIES DEGENERATIVES ET CHRONIQUES
Malgré les affirmations officielles, l'utilisation des OGM dans l'alimentation présente un risque sanitaire majeur car elle compromet
gravement l'équilibre fragile des chaînes bactériennes en charge des échanges extra et intra cellulaires. Les premières études de cas
cliniques menées par le Pr Bernard Herzog démontrent scientifiquement que la consommation régulière d'aliments OGM est la cause
de nombreuses maladies dégénératives et chroniques, qu'elle accroît la faiblesse générale de nos organismes et favorise les
risques d'épidémies.
On sait maintenant comment les OGM peuvent influer négativement sur notre fonctionnement physiologique. Les récentes avancées
de la microbiologie démontrent ainsi que les composants de la cellule (mitochondries, appareil de Golgi, ribosomes ... ) sont
constitués de colonies bactériennes spécialisées dépendantes les unes des autres dont le rôle est d'assurer le bon fonctionnement
cellulaire. Respiration cellulaire, échange d'information génétique ou sécrétion d'enzymes... ces colonies bactériennes
interviennent dans chacun de ces processus.
Le monde bactérien est très puissant sur le plan physiologique et biologique. Il est notre allié mais c'est aussi un monde carnivore
et même cannibale. Lorsque nous ingérons un aliment, nous ingérons également l'ensemble des bactéries qui le composent et donc un
composant de protéine donc de chaîne d'ADN.
Lors de l'absorption d'OGM, l'organisme hôte va se trouver face à des bactéries inconnues Jusque-là. Face à elles, les microorganismes
vont assurer leur fonction habituelle d'assimilation. Ainsi, soit les bactéries locales parviennent à dominer l'intrus et à
le vaincre, soit J'étranger prend le dessus et force ainsi les bactéries et les cellules à modifier leur comportement en fonction
des nouvelles informations génétiques qu'il porte- Les organismes OGM que nous ingérons sont donc susceptibles d'entraîner une
perturbation non seulement du code génétique des cellules mais également des colonies bactériennes qui les composent. Progressivement,
le dérèglement fonctionnel va se propager des cellules aux amas de cellules, puis aux grands cycles de l'organisme et enfin aux
organes.
Les études de cas cliniques menée par Bernard Herzog confirment sur différents points, l'action délétère des OGM sur le fragile
équilibre organique de l'homme. L’impact sanitaire se traduit aussi bien par la multiplication de pathologies chroniques que par
l'apparition de nouvelles maladies et l'essor des allergies. Les cas cliniques étudiés ont tous la même cause (le
bouleversements des colonies bactériennes dû à l’apport dans l'alimentation d'éléments mutants) mais se manifestent
par symptomatologie différente. Apparaissent ainsi :
- des problèmes de déminéralisation osseuse par atteinte de la trame protéique et du métabolisme phosphocalcique,
- des pneumopathies récidivantes liées à la baisse des défenses immunitaires, rectocolites hémorragiques, ulcères récidivants
et problèmes digestifs, psychoses, troubles et retards psychomoteurs...
- des hypoplaquettoses et des problèmes liés à la crase sanguine (temps de coagulation)
- des hyperplaquettoses (maladie rare pouvant entraîner des problèmes cardiovasculaires, des méningites et
l'apparition de paralysies d'origine centrale ou cérébrale suite à un excès de fer qui ne se trouve pas dans
le sang mais caché dans les plaquettes),
Le Pr Bernard Herzog met en garde contre une autre catastrophe qui pourrait émerger, à plus long terme : les mutations génétiques.
Il ne s'agit pas d'une simple hypothèse car elles ont déjà été observées chez les végétaux et les animaux, sans qu'on en connaisse
la cause précise. Pour étayer ses soupçons, il souligne que tout organisme transgénique est une sorte de Frankenstein composé
de différentes séquences d'ADN - un gène dit promoteur, celui qui dit à la cellule « copier le message suivant pour fabriquer
une protéine » un gène principal portant l'information nécessaire pour fabriquer une protéine et lui-même composé de différentes
séquences d'ADN - et une séquence d'ADN appelée le terminateur, qui dit à la cellule « stop ici, fin du message ».
Ces différentes séquences sont constituées artificiellement en laboratoire, sans aucune cohérence naturelle (on peut ainsi
placer du gène de poisson dans les fraises) et d'une virulence insoupçonnée - ainsi le promoteur le plus souvent utilisé
est tiré d'un virus, celui de la « mosaïque du chou-fleur », ce monstre génétique est capable du pire et, si l'on n'y
prend garde, rien ne pourra l'arrêter. (François Lehn, Pratiques du santé n°13, 26/0612004 - développement dans
le livre du Dr Bernard Herzog « le Transgénique » association Arabel St Sébastien-sur-Loire) (cf Pratiques de santé no 13,26/6/2004)
Food First / institute pour la politique de l'alimentation et du développement de Californie affirme dans le
même sens que le Dr Herzog que les risques les plus effroyables représentés par les OGM consistent dans la tendance
à pratiquer de nouveaux transferts et associations de gènes car, ainsi, on donne naissance à de nouveaux virus et à
de nouvelles bactéries qui peuvent déclencher des épidémies. En 2001, lors d'un essai apparemment anodin, un virus tueur
de souris a été créé. (cf The case for a GM-free sustainable world, www.foofirst.org - Horizons et débats, n° 27, sept. 2004)
DU DANGER DES OGM MEDICAUX
De grands laboratoires pharmaceutiques utilisent de plus en plus de semences transgéniques pour produire des médicaments, par exemple
la Zytokine qui déprime le système immunitaire, selon Food First, provoque des maladies et s'avère toxique pour le système nerveux
central.
On sait également que des plantes transgéniques ont produit de l'interféron alpha qui provoque des démences et une série de
virus comme le gène protéine « spike » du coronavirus du porc, lequel appartient à la même famille que le SRAS qui a récemment
sévi en Asie. (cf Horizons et débats n027 - sept.2004)
Ceux qui n'ont pas pu nous convaincre « que les plantes transgéniques c'est l'avenir » essaient de passer en catimini par
le médical et la compassion- La culture des OGM médicaux en plein champ représente des risques de contamination non maîtrisés.
Il existe par exemple d'autres façons de produite des médicaments telle la lipase gastrique (pour soulager les désordres
digestifs de malades atteints de mucoviscidose) comme par exemple cultiver les plantes transgéniques en serre fermée afin
d'éviter la propagation du gène ou la contamination par ses produits, faire fabriquer l'enzyme utile par des cellules animales
ou des bactéries, rendues transgénique les et cultivées en fermenteur comme pour d'autres médicaments.
Le plus extraordinaire, c'est que les Etats Unis, fer de lance des OGM, dont ils nient tous les risques, s'inquiètent des
problèmes spécifiques posés par ces plantes à finalité thérapeutique et réglementent fortement le »pharming », surtout après
l'affaire ProdiGène - en 2002, du maïs transgénique cultivé pour produire un vaccin porcin avait contaminé par ses repousses,
du soja destiné à l'alimentation humaine (perte de 2, 71 millions de dollars : 500 000 tonnes de soja détruites) dans les Etats
d'Iowa et du Nebraska.
C'est la première fais qu'un maïs « pharmaceutique transqénique » est retrouvé dans la chaîne alimentaire. Les autorités états-uniennes
ont refusé de communiquer le nom du mystérieux maïs.
Parmi les productions pharmaceutiques cultivées par ProdiGène, on trouve des vaccins oraux expérimentaux contre l'hépatite B,
contre la maladie porcine de la gastro-entérite transmissible, le vaccin GP 120 contre le sida.
Si l'on en croit les dossiers du ministère de l'agriculture des Etats Unis, ProdiGène a reçu l'autorisation de procéder
à des essais en plein air pour 85% de ses plantes OGM pour produire des produits chimiques ou pharmaceutiques.
Pour Christian Berdot des Amis de la Terre, « Jusqu'à maintenant les autorités ont démontré leur incapacité totale à empêcher
la contamination des filières non-OGM. Face à cette incapacité, la Commission européenne fait le forcing pour, justement,
introduire des seuils autorisés de contamination. On ne peut que craindre le pire lorsque des plantes-usines chimiques ou
pharmaceutiques seront plantées un peu partout dans nos campagnes. Les autorités autoriseront-elles aussi des seuils de contamination ?
A quand du maïs à 1% de vaccin, du soja à 0,8% d'agent coagulant ou du colza à 0,5% d'huile industrielle ? Maintenant, nous voulons
aussi avoir rapidement l'assurance que des produits alimentaires importés en Europe n'ont pas été contaminés ».
(cf Votre Santé n° 51 - décembre 2003)
Le rapport des « quatre sages » sur les essais d'OGM (Documentation Française,2003) a indiqué que « l'expérimentation des
plantes génétiquement modifiées non alimentaires (par exemple les OGM médicaments) n'est justifiée que si la production
des mêmes molécules utiles ne peut être obtenue en milieu confiné (laboratoire) ». Imagine-t-on des armoires à pharmacie
ouvertes sur la nature ? On comprend le désarroi et la colère des familles de malades qui attendent pour 2007 cette lipase
transgénique. Raison de plus pour s'inquiéter des manipulations dont elles sont victimes, autant que pour réfuter les
alarmes du lobby des biotechnologies (France Biotech) sur « la montée du terrorisme anti-recherche », la « recherche »
ne consistant ici qu'à évaluer la posologie... Les plantes OGM ne sont pas plus indispensables à la médecine qu'à
l'alimentation. Décidément, il est urgent de mettre les OGM en démocratie. (cf Jacques Testard, Frédéric Prat, Thierry Raffin,
article Libération du 12/09/2003)
Documentation Union des Associations Citoyennes de Santé, (UNACS), Santé Liberté Touraine et Réseau Tourangeau anti-OGM
Faut-il abandonner le dépistage organisé du cancer du sein ?
Texte de l’intervention du Dr Bernard Junod - Conférence-débat
Association « Santé-solidarité »
Nantes le 9 février 2007
Principe de précaution
Définition
Le principe de précaution (ou de prudence) est une règle de décision politique en l'absence de certitudes scientifiquement
établies sur les phénomènes sous-tendant un risque et ses conséquences. Selon ce principe, des actions de prévention sont légitimes
lorsqu'il parait justifié de limiter, encadrer ou empêcher certaines actions potentiellement dangereuses, sans attendre que leur danger éventuel soit scientifiquement établi de façon certaine. Deux versions du principe coexistent selon que son application est impérative ou selon que la précaution n'est qu'un critère partiel de décision, complété par d'autres éléments.
Jamais un non évènement "le principe de précaution" n'aura fait couler autant d'encre. Or ce principe de simple logique, de prudence,
aussi vieux que le monde, n'aura cristallisé sur son simple énoncé de telles interprétations, de telles oppositions.
Un vrai tir de barrage de la part des scientifiques, des économistes, des politiques, des industriels, des écoles supérieures,
des militaires...
Dans tout ce tohu bohu un absent, principal, vous, le citoyen consommateur payeur!
Faites le test, faite principe de précaution sur le web, et lisez.
Pourquoi?
Car ce principe qui semble évident à tout un chacun ne l'est plus du tout aux différentes communautés citées ci dessus.
En effet, son application même est remise en cause aux motifs qu'il s'opposerait d'une certaine façon à:
- La recherche scientifique et au droit de recherche
- Aux progrès technologiques
- A l'expérimentation scientifique.
- A la croissance économique et donc au commerce mondial.
- A la défense nationale
D'une part et de l'autre il implique directement une recherche en responsabilité entre tous ces acteurs en cas de suspicion
ou de problème.
C'est un véritable empêcheur de tourner en rond
Il y a donc comme une unanimité contre lui ou à tout le moins une volonté farouche d'en limiter la portée et de l'interpréter en
sorte qu'il ne gêne pas le développement en général, chacun prêchant pour sa paroisse.
Il n'est pas question ici d'essayer d'en voir tout les aspects mais trois seulement qui nous semblent particulièrement
graves dans le domaine de la santé et concernant principalement les produits chimiques utilisés dans les domaines suivants :
Alimentation : Additifs alimentaires, OGM
Produits de santé : Les médicaments et leurs interactions
Hygiène et beauté : Produits et aromatiques de synthèses
Travail : Diluants et traitements chimiques
Environnement, Agriculture: produits phytosanitaires, engrais, traitements, les produits donnés aux
animaux comme activateurs de croissance…
etc.…
L'innocuité de tous ces produits est-elle bien établie ?
Il revient aux industriels d'assurer l'innocuité des produits mis sur les marchés dans tous les domaines,
voyons dans le domaine de la chimie ce qu'il en est.
Au terme d'une analyse parue dans le n°1 de L'ECOLOGISTE p 9 sous le titre " La chimie folle " il n'y a selon l'OCDE
que 150 produits évalués complètement sur les 4000 substances chimiques les plus importantes commercialisées dans le
monde (voir l'article en entier en fin de page). Autant dire qu'on ne sait pas grand chose sur la toxicité de ces substances
sur l'environnement et la santé.
Par exemple, les aromatiques de synthèse ont envahi presque tous les produits de grande consommation. Un certain nombre
d'entre eux sont de puissants allergènes. Qui s'en soucie en Europe ?
Pour ce qui est analysé, quel est le niveau de sécurité offert par l'industrie et les autorités sanitaires ?
1 - Le facteur SEUIL et effets cumulatifs
Pour évaluer la toxicité d'un produit on ne dit pas il est toxique donc on ne l'utilise pas. Cette notion est pour
beaucoup le fruit d'esprits attardés, qui n'ont rien compris au progrès humain. Donc pour ce faire on évalue généralement
dans un laps de temps court (compétitivité oblige) à quelles doses le produit entraîne des effets toxiques ; puis on divise
cette dose par dix et l'on obtient le seuil d'utilisation du produit. Cette démarche est considérée comme scientifique. A chacun
d'apprécier!
C'est ainsi qu'est établi le Codex Alimentarius qui fait loi en Europe et qui définit les DJA et autres DJM, c'est à dire
les doses admissibles de produits suspects dans l'alimentation.
Les réglementations qui en découlent tendent toutes à éviter la contrainte d'informer rigoureusement le public sur l'étiquette.
C'est ainsi qu'en deçà de certaines doses vous n'avez pas le droit de savoir que tel ou tel aliment contient tel ou tel toxique
ni par quel procédé il a été obtenu.
Par ailleurs, les effets cumulatifs, certains produits ne peuvent être éliminés par le corps, ne qu peu pris en compte.
Autre facteur non moins important, les interactions des différents composés dont on commence seulement à effleurer le sujet
2 - L'importance du facteur TEMPS
Les données et moyens scientifiques et technologiques permettent assez bien d'appréhender les risques et la toxicité d'un produit
mis sur le marché à court terme voire moyen terme.
La relation de cause à effet est alors facile à établir les responsabilités aussi, c'est la raison pour laquelle il y a relativement
peu d'accidents visibles bien qu'il y ait malgré tout matière à approfondir.
C'est sur cette base que nombre de scientifique, industriels, politiques et journalistes s'appuient pour dire que notre alimentation
n'a jamais été aussi sure…
Mais là où le bât blesse c'est pour le long terme. Comme il est pratiquement impossible d'établir une relation de cause à effet 10,
20 ou 30 ans après les industriels seuls responsables de leurs produits ne se soucient guère de ces effets.
C'est là que la situation est la plus alarmante quand on sait les maladies qui nous frappent si durement aujourd'hui: cancers,
allergies, maladies auto-immunes, ou de dégénérescence ont souvent des temps de latence qui se compte en dizaine d'années.
Ce point est d'autant plus important que l'étiologie, les causes, des maladies citées n'est pas ou peu connue et ne soucie guère l
es autorités bien qu'elles soient souvent en forte progression.
3. - La responsabilité
Les produits sont mis sur le marché sous la seule responsabilité du fabricant et il y en a tant que les services de toxicologie
ne sont pas en mesure de les évaluer. Pour gagner les marchés, il faut aller vite, alors on expérimente en marche. Nous sommes
dès lors tous cobayes.
Les accords commerciaux internationaux actuels et l'Organe de Règlement des Différents (ORD) au cœur de l'OMC, s'appuient
sur des normes internationales qui reposent sur la détermination d'un niveau acceptable de risque, basé sur les seuls effets prouvés
sur la santé humaine.
Et vous, nous, dans tout çà ? Il paraît que tout ceci est le résultat des angoisses de la société devant un progrès trop
rapide qui alimentent des peurs irrationnelles du public. Un ministre de la santé précédent, traitant de ce type de risque,
n'avait-il pas affirmé sur France Inter que notre système immunitaire est-était capable de s'adapter à ces nouvelles situations.
Notre tort est de croire qu'en dépit des sommes colossales que nous versons à l'état pour notre sécurité, nous sommes protégés.
A tout le moins nous demandons à être informés pour pouvoir choisir. Souvent cette faculté, qui passe par une information complète
sur l'étiquette nous est refusée car les lobbies industriels, économiques, et l'OMC y veille farouchement, et ce aux motifs que
si la nocivité d'un produit n'est pas établie, il ne peut être interdit par qui que ce soit ! (Sanctions à la clé).
C'est ce qu'on appelle l'inversion de la charge de la preuve car nous sommes en incertitude scientifique. Nous disons clairement
la charge de la preuve est une obligation du fabricant et doit être validée par l'Etat.
Qu'ils soient de droite ou de gauche les états, soumis aux dures lois économiques, ne peuvent ou ne veulent intervenir.
Une des premières décisions du nouveau gouvernement fut d'annuler le recrutement de 150 spécialistes en toxicologie dont notre pays
a cruellement besoin pour nous aider a y voir en peu plus clair et nous permettre de prendre en charge notre santé.
Pour détendre un peu l'atmosphère après cet exposé, les croques-morts disent que les corps ne se décomposent plus dans les tombes.
Quel progrès !
Annexe :
La chimie folle...
selon l'OCDE
Etienne Vernet, Ecoropa
La chimie est parmi les plus importants secteurs d'activité de la
planète. Son chiffre d'affaires annuel s'élève à 1600 milliards de
dollars américains, elle salarie 10,5 millions de personnes et
représente 13 % des échanges mondiaux de biens manufacturés.
Les pays de l'OCDE (1) représentent quelque 75 % de la
production mondiale et se font gloire d'avoir constitué depuis
1971 des structures spécifiques chargées de l'environnement et de
la santé, c'est à dire chargées de s'assurer de l'innocuité des
produits chimiques fabriqués et échangés dans le monde entier.
De plus, l'institution multiplie les brochures et documents consacrés à l'environnement. Quel sérieux! Regardons
de plus près ses activités. La brochure Programme de lOCDE sur l'hygiène et la sécurité de l'environnement (2000) nous servira de
guide. On apprend tout d'abord que l'objectif fondamental de l'organisation est "l'expansion durable de l'économie", le
texte précisant même : "Dans l'esprit de l'OCDE, le mot "durable" renvoie à une croissance économique conciliant
des facteurs économiques, sociaux et environnementaux." On ne voit guère comment l'Organisation pourrait se préoccuper
sérieusement de la santé ou de l'environnement avec de tels objectifs.
Résultats dans vingt ans...
Mais examinons donc concrètement l'un des programmes de l'OCDE, le Programme sur les produits chimiques existants, pages 34 et
suivantes de la brochure précitée ; il porte sur "les milliers de produits chimiques utilisés dans le monde dont les risques
'ont pas fait l'objet d'une évaluation approfondie'' (sic). Stupéfaction du lecteur : il existerait donc tant de produits c
himiques en circulation dont les effets sont pour ainsi dire inconnus ? Poursuivons la lecture. Le premier volet du
programme consiste à organiser le rassemblement ou l'établissement de données sur les substances chimiques produites
en grande quantité, puis de procéder à des évaluations initiales de ces substances. Fort candidement, l'OCDE poursuit
: "C'est une vaste entreprise dans la mesure où l'on dénombre environ 4000 de ces substances chimiques produites en
grande quantité dans le monde, c'est à dire dont la production atteint au moins 1000 tonnes par an dans un pays de lOCDE" et
conclut sur des chiffres incroyables : A la fin 1999 quelque 150 évaluations de substances chimiques produites en grandes quantités
étaient terminées, 250 autres étaient en cours."
Quoi? Sur les 4000 substances chimiques les plus importantes du monde, seules 150
évaluations complètes existent! En clair, cela veut dire que les entreprises et les gouvernements autorisent sciemment la commercialisation de produits toxiques dont ils
ignorent tout!
Comble du cynisme, on apprend, au détour d'un document de travail de l'OCDE (2),
que "... les données sur la toxicité de ces substances pour l'environnement et la santé publique devraient être disponibles en 2020."
Dans vingt ans! Mais c'est aujourd'hui qu'il faut agir! Nous appelons tous les lecteurs de L'Ecologiste à faire connaître autour d'eux
ces informations afin de contraindre les gouvernements à agir.
Car, in fine ce sont bien les gouvernements qui peuvent et qui doivent décider de préserver notre santé et celle de nos enfants.
Selon l'OCDE elle-même, seules 150 évaluations complètes existent sur les 4000 substances chimiques les plus importantes!
Notes
(1) L'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a vu le jour en 1961.
Elle a succédé à l'Organisation européenne de coopération économique (OECE), créée en 1948 pour mettre en oeuvre le
plan Marshall. Elle compte aujourd'hui 29 pays membres: Allemagne, Australie, Autriche, Belgique, Canada, Danemark, Espagne,
Etats Unis, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Irlande, Islande, Italie, japon, Luxembourg, Mexique ,
Norvège, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Pologne, Portugal, république de Corée, République tchèque, Royaume-Uni, Suède,
Suisse et Turquie
en Turquie La Commission européenne participe aussi aux travaux il l'OCDE.
(2) OCDE (2000). Environment directorate. Joint Meeting of the chemicals committee and the working party on chemicals ENV/JM/ (2000)21. OECD environmental outlook and strategy. Past trends and future outlooks for the chemical industriy. 30th joint Meeting 8?11 February 2000, pp 16?17.
Bibliographie
OCDE (2000). Programme de lOCDE sur l'hygiène et la sécurité de l'environnement. 74 pages.
Consultable sur www.oecd.org/ehs/
WWW.oecd.org Une mine de renseignements sur l'OCDE et ses multiples activités.
ECOROPA
Fondée en 1976, l'association est présidée par Teddy Goldsmith. Jean
Marie Pelt en est le président d'honneur. www.ecoropo.org
L'ECOLOGISTE Vol. 1 N°1 01,0Gh 1 k, 1 1. Automne 2000 2000
Faut-il abandonner
le dépistage organisé du cancer du sein ?
Texte de l’intervention du Dr Bernard Junod
Conférence-débat
Association « Santé-solidarité »
Nantes le 9 février 2007
Adresse de l’auteur : Bernard Junod, ENSP, CS 74312, 35043 Rennes Cedex. E-mail : bjunod@ensp.fr
Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs,
Merci de me donner la parole à cette conférence débat où le dépistage du cancer est mis en question.
La santé est l’affaire de tous et de chacun.
La santé est l’affaire de tous. Les efforts de la société pour s’organiser face à la maladie cancéreuse le prouvent. Mes activités professionnelles de médecin et de chercheur m’ont amené à contribuer à ces efforts, et c’est pourquoi on m’a demandé de venir ce soir.
La santé est l’affaire de chacun, comme en témoigne la diversité des choix d’engagement personnel. Pas seulement pour sa propre santé, dont chacun de nous est acteur, tout au long de sa vie, de la conception à la mort. Mais aussi pour celle des autres, parce que chacun d’entre nous a des responsabilités de citoyen. C’est donc aussi à ce titre que je m’exprimerai, pour honorer l’attente du Président de l’association santé solidarité qui m’a demandé de prendre la parole ce soir.
Le bulletin d’information « Objectif santé » N° 79 de l’association « Santé-solidarité » paru en 2006 présente un dossier intitulé : « Cancer du sein, faut-il se faire dépister ?». Il aborde les problèmes posés par le décalage entre la véritable maladie cancéreuse et la définition classique du cancer, fondée sur l’examen au microscope d’un prélèvement ponctuel. Après avoir montré que la définition actuelle du cancer entraîne des inconvénients majeurs, surtout dans un contexte de dépistage, il examine les possibilités de vaincre les obstacles d’ordre institutionnel pour faire évoluer favorablement les pratiques. Un espoir réside dans l’engagement citoyen des membres de l’association « santé-solidarité » et de tout un chacun, professionnel de santé ou non, pour qu’un jour, les autorités de santé admettent les limites du dépistage et fassent évoluer les pratiques au bénéfice de la recherche et des soignés. Le dossier figurant dans « Objectif santé » s’appuie sur un de mes textes mis en ligne par une autre association, le FORMINDEP.
Le FORMINDEP a pour but de favoriser une formation médicale indépendante, respectueuse de la santé des gens. Cette association, animée par des médecins, se préoccupe notamment des dérives actuelles résultant des conflits d’intérêts.
La logique de mon analyse professionnelle de l’évolution des réponses données à la maladie cancéreuse et mon engagement de citoyen pour l’amélioration la santé ont conjointement déterminé ce que j’ai à vous dire ce soir. Aussi, pour me présenter, je vais successivement vous décrire mon parcours professionnel et ma démarche citoyenne.
Tentatives de contribution à la santé publique
La santé publique a pour but d’améliorer la santé de la population. Mes activités professionnelles de médecin, d’enseignant et de chercheur ont alimenté mes connaissances sur le cancer et sur les réponses de la société pour y faire face. J’y travaille depuis plus de 30 ans.
En 1972, ma thèse de médecine soulevait la question de la relation entre nombre de médecins formés et contenu de la formation médicale en Suisse. Le sujet était abordé sur un plan technique par un modèle de prévision du nombre de médecins dans les années à venir. Le nombre annuel de nouveaux médecins diplômés en Suisse avait quintuplé en quelques années, sans que leur formation ait été repensée. L’observation factuelle de leur accroissement débouchait naturellement sur des préoccupations d’ordre politique, décalées par rapport à mon statut de jeune médecin. Mes compétences techniques ont alors été mises à profit par la création d’un registre de tumeurs à Lausanne.
Le registre vaudois des tumeurs, toujours en activité, mesure l’occurrence des nouveaux cas de cancer dans une population d’environ 600 000 habitants. C’est un instrument au service de l’acquisition de connaissances sur le cancer et sur l’activité diagnostique. Le cancer le plus fréquent, à l’époque, était celui du gros intestin. Actuellement le cancer du poumon vient au premier rang à cause des méfaits du tabac. Le diagnostic de cancer du gros intestin résulte d’un prélèvement dans le tube digestif. Les gastro-entérologues étaient habilités à réaliser ces prélèvements lors d’endoscopies. Une de mes premières publications issues de ce registre a montré que la répartition géographique des cancers du gros intestin dans la population était directement proportionnelle à la densité des gastro-entérologues. Plus on cherche de cancers, plus on en trouve.
Après avoir évalué un vaste programme de prévention des maladies cardio-vasculaires en Suisse, j’ai été amené à travailler comme professeur à la faculté de médecine de Nancy. J’ai alors pu comparer les avis de spécialistes chargés d’examiner au microscope les mêmes prélèvements effectués par des gastro-entérologues en Lorraine. Il s’est avéré que leurs avis étaient souvent discordants, ce qui suggère un problème de validité du diagnostic de cancer.
Depuis 1988, je suis enseignant-chercheur à l’Ecole nationale de la santé publique de Rennes. Il y a quelques années, un travail d’évaluation m’a été confié par le Ministère de la santé sur la pratique de la chirurgie du cancer du sein en France. Ma première conclusion de cette évaluation menée par trois équipes disciplinaires complémentaires fut la suivante : l’activité chirurgicale sur le cancer du sein augmente en France parce qu’on appelle « cancer » des lésions qui, en réalité, n’auraient jamais eu de conséquences sur la santé des gens.
Par la suite, j’ai appris que les problèmes posés par la difficulté de définir la maladie cancéreuse ne dataient pas d’aujourd’hui. Actuellement, mon travail de chercheur s’organise collégialement au niveau national et international. Il s’appuie sur des faits produits par l’activité diagnostique pour questionner le modèle théorique à partir duquel le dépistage du cancer a été argumenté et pour faire évoluer notre compréhension de la maladie cancéreuse.
Contributions citoyennes au questionnement sur l’utilité du dépistage
En mars 2003, avant que le Président Jacques Chirac ne s’exprime sur le Plan Cancer en conférence de presse, c’est en tant
que citoyen que je lui ai écrit. Ma lettre cite l’extrait d’une publication parue en 2002 dans une revue
scientifique française sous la plume du Directeur, Marc Danzon, et d’un expert, Yves Charpak, du Bureau régional
pour l’Europe de l’Organisation mondiale de la santé. « Les danois viennent de publier une étude scientifique montrant
que le dépistage du cancer du sein ne sert peut-être à rien. Alors qu’on essaye désespérément de convaincre tous les
ministres de la santé des pays qui en ont les moyens que c’est une action pour laquelle on a de vraies évidences et
qu’il n’est plus éthique de ne pas y engager les moyens nécessaires, vous allez nous déconsidérer définitivement.
Combien de temps un consensus scientifique reste-t-il valable ? Combien d’évidences contradictoires faut-il pour
le remettre en question ? ».
Après cette citation, j’enchaîne en m’interrogeant : « Quand le basculement de l’opinion sur l’utilité du dépistage se produira-t-il ?
La principale conséquence du dépistage est une augmentation des interventions chirurgicales sur le sein. Or de 1980 à 1999,
cette augmentation n’a pas entraîné de diminution de la mortalité par cancer du sein en France. » Un peu plus loin, j’ajoute : « le
jour où les femmes s’interrogeront sur le bien-fondé des soins préventifs et curatifs qu’elles ont subis est peut-être proche. »
La décision d’étendre le dépistage du cancer du sein à toute la France faisait partie du volet social du programme politique de Jacques Chirac. Il a été suivi d’effet : depuis 2004, toutes les femmes de 50 à 74 ans ont accès gratuitement à une mammographie de dépistage tous les deux ans en France.
J’ai aussi pris l’initiative d’autres courriers, et de rencontres personnelles, non institutionnelles, avec les médecins qui se sont succédés à la Direction générale de la santé, avec un cardiologue, président de l’Académie nationale de médecine, avec des professionnels qui m’avaient été recommandés à l’Institut national du cancer ainsi qu’avec des experts à l’étranger.
1.Remise en question du dépistage du cancer depuis l’annonce de son extension en France
En été 2003, la revue française de santé publique a décidé de publier un article d’alerte que je lui avais soumis, signé conjointement par un expert de référence sur l’éthique en santé publique (voir annexe 1). A ma grande surprise, l’éditorial fut consacré au dépistage. En s’appuyant sur cet article d’alerte, il demande de ne pas clore le débat sur le dépistage du cancer.
En 2004, je présente les apports et les limites de l’approche statistique en santé lors de la journée nationale des présidents des commissions locales d’information. Ces commissions ont été créées en France à la suite des questions soulevées par l’annonce de l’arrêt du nuage radioactif de Tchernobyl à la frontière française. Ces commissions privilégient sécurité, transparence et participation. Mon exposé montrait les incohérences entre les faits observés et la théorie sur laquelle repose la logique du dépistage du cancer du sein. Il montrait les dangers du dépistage dus au défaut de fiabilité de la définition actuelle du cancer. La mise en ligne de l’exposé et de la discussion, intégralement enregistrés, s’est faite avec 6 mois de retard. Mais un heureux hasard a compensé ce freinage.
Le jour de la conférence, le président du comité scientifique des commissions locales d’information m’avait enjoint d’envoyer mon texte au Directeur général de la santé. Mon courrier lui est parvenu à quelques semaines près quand il fut sollicité pour préfacer un livre à paraître, abordant le même sujet. Il s’intitule : « Faut-il me faire tester pour le cancer ? peut-être pas et voici pourquoi. » Rédigé par un expert américain reconnu, Gilbert Welch, ce livre s’appuie sur la littérature scientifique. Il explique pourquoi la logique pourtant séduisante du dépistage du cancer a des conséquences indésirables. Vous le trouvez en vente ici ce soir. Une saisine de la direction générale de la santé fut alors envoyée à l’institut national de la veille sanitaire accompagnée du texte de mon exposé aux Présidents des Comités locaux d’information.
En février 2005, lors d’une séance de l’académie nationale de médecine, le Président me donne la parole. Je demande alors au président
de la Commission nationale cancer s’il accepte de remettre en question la définition du cancer actuellement responsable de surdiagnostic
dans le contexte actuel de dépistage du cancer du sein. Ma question et sa réponse affirmative sont publiées dans le Bulletin de
l’académie nationale de médecine (voir annexe 2). Cependant, sa réponse ne remet pas le dépistage en question. Il conclut
en s’appuyant sur la baisse de mortalité qu’on peut en attendre.
En mars 2006, le mensuel « La Recherche » publie un article s’appuyant sur une étude récente contestant la validité de la baisse de mortalité consécutive au dépistage. Cette étude prouve que de célèbres résultats suédois favorables au dépistage du cancer du sein sont faux. Mais dans les semaines qui suivent, l’étude dénonciatrice d’erreurs ayant donné l’illusion de l’efficacité du dépistage est retirée du journal européen du cancer, bien qu’il l’eût acceptée pour publication et mise en ligne pendant plusieurs jours.
En mars, avril et mai 2006, la revue Prescrire, reconnue pour l’excellence de son objectivité scientifique, publie des dossiers de synthèse sur le cancer du sein. Elle conclut à l’absence de la preuve d’une réduction de la mortalité consécutive au dépistage du cancer du sein et à la présence de surdiagnostics consécutifs au dépistage, à savoir des diagnostics de pseudo-cancers qui n’auraient jamais eu de conséquences néfastes sur la santé. En été, la société française de santé publique diffuse les conclusions des dossiers de la revue Prescrire (voir annexe 3).
En octobre 2006, la revue Médecine, organe de l’union des associations de formation médicale continue, diffuse à 20 000 médecins francophones un numéro où plusieurs articles questionnent la pertinence du dépistage. L’éditorial s’intitule : Faut-il arrêter le programme français de dépistage du cancer du sein par mammographie ? Les personnes intéressées pourront se procurer un numéro de cette revue ici ce soir.
En novembre 2006, les manœuvres ayant amené à retirer l’article dénonçant le problème de fiabilité des résultats suédois favorables au dépistage ont été dévoilées dans une revue anglo-saxonne, le Lancet. Simultanément, l’article prouvant les problèmes de validité de l’étude suédoise était publié dans une revue scientifique danoise. L’éditeur y relève que la censure déshonore l’édition scientifique et suggère la fraude.
En janvier de cette année, « Que Choisir Santé » fait état de la remise en question de l’utilité du dépistage en montrant que le surdiagnostic et les traitements inutiles qu’il entraîne peuvent l’emporter sur d’éventuels bénéfices. J’ai aussi demandé que des exemplaires de ce numéro de la revue « Que Choisir Santé » vous soient accessibles ce soir.
Depuis quelques années, le thème du dépistage du cancer devient de plus en plus sulfureux parce que globalement, sa pratique augmente malgré les mises en garde des scientifiques et que la validité de pans entiers de la recherche sur le cancer est en cause dans le débat. Récemment, j’ai par exemple dialogué avec un radiologue formé aux Etats-Unis et exerçant actuellement en Europe. Il avait envoyé à plus de 100 spécialistes du cancer la lettre qui a entraîné le retrait de l’article. J’étais intervenu, en mars 2006 lors d’un congrès international sur le dépistage du cancer du sein. Le responsable du programme allemand s’était fondé sur l’étude suédoise pour justifier le dépistage. Au micro, je me suis référé à l’article alors en ligne montrant que les résultats encourageants de l’étude suédoise ne sont pas fiables. Je lui ai demandé s’il envisageait de reconsidérer la politique de dépistage du cancer du sein en Allemagne.
Le malaise était d’autant plus pesant que les responsables de programme de dépistage en Europe présents dans la salle ainsi que le président de séance avaient reçu la fameuse lettre de ce radiologue faisant pression sur le journal européen du cancer pour défendre le dépistage contre vents et marée. Le titre de sa lettre était rédigé en français. « La vérité est en marche et rien ne l’arrêtera, même pas votre journal européen du cancer ». Quelques jours plus tard, j’avais appris que la manœuvre de ce radiologue influent, Peter Dean, avait réussi : l’article défavorable au dépistage a été retiré début avril. Après que ce même article prouvant que les résultats favorables au dépistage ne sont pas fiables a été publié dans une autre revue que le journal européen du cancer, j’ai signalé à Peter Dean la nature prophétique du titre de sa lettre de pression. La vérité que le journal européen n’a finalement pas pu empêcher de paraître au grand jour, c’est que le dépistage est vraisemblablement inutile. Dean a réussi sa manœuvre de censure parce que l’article scientifique allait à l’encontre d’intérêts partagés avec de très nombreux collègues. Ces intérêts sont différents de la recherche de la vérité.
L’intelligentsia de la cancérologie et tous les patients chez lesquels un diagnostic de cancer a été posé sont concernés par la question brûlante des risques liés au dépistage et des traitements qui s’ensuivent.
2.Le cancer du sein, repères historiques des pratiques diagnostiques et thérapeutiques
Des hiéroglyphes datant d’il y a plusieurs millénaires font état de cancers du sein et de la manière de les extirper.
Quelques siècles avant Jésus-Christ, l’Ecole de Cos, en Grèce antique, recommande de ne pas agresser la tumeur.
A partir du 2ème siècle de l’ère chrétienne, Galien recommande de commencer par des traitements généraux et de n’intervenir chirurgicalement qu’en seconde intention, si nécessaire.
Au XVIIIème siècle, le chirurgien Bernard Peyrilhe proclame que le cancer du sein est aussi difficile à définir qu’à guérir.
En 1850, l’Académie nationale de médecine publie un mémoire détaillé sur l’examen au microscope de prélèvements de tumeurs du sein. L’introduction insiste sur la difficulté de définir la maladie cancéreuse à partir de l’image au microscope d’un prélèvement ponctuel.
En 1963, le traité de référence français sur les maladies du sein de Charles Gros signale les dangers de l’extrapolation d’images ponctuelles pour établir un diagnostic de cancer « sous couvert de dépistage ».
A la fin du XXème siècle, l’encyclopédie de l’Université Columbia aux Etats-Unis précise, dans sa définition du cancer, que la distinction entre tumeur bénigne et tumeur maligne reste obscure.
Actuellement, le diagnostic de cancer résulte le plus souvent de l’examen d’un prélèvement au microscope. Il est suivi normalement d’une intervention chirurgicale, de radiothérapie et de traitements adjuvants médicamenteux, notamment des anti-mitotiques.
En population, la fréquence des décès par cancer et par âge évolue lentement et différemment selon l’organe où la maladie a commencé. Les décès dus à des cancers issus d’organes non indispensables à la vie comme le sein ou la prostate sont dus à des métastases perturbant des fonctions vitales en envahissant par exemple le poumon ou le cerveau. Les cellules malignes qui se sont développées dans un premier organe peuvent utiliser les vaisseaux lymphatiques et sanguins pour aller constituer des métastases ailleurs. Avant qu’une tumeur maligne n’ait atteint un millimètre de diamètre, elle comprend déjà des centaines de milliers de cellules.
3.Pourquoi le dépistage du cancer s’est tant développé au XXème siècle ?
La recherche active de cancers à l’initiative des soignants a été documentée depuis plusieurs siècles en France. Mais l’idée de rechercher activement les cancers du sein tient principalement à trois événements.
Le premier date de 1895, lorsque Halsted, un chirurgien exerçant à l’hôpital universitaire John’s Hopkins aux Etats-Unis, a annoncé un taux de récidive remarquable de 6 % seulement, après 50 interventions sur des cancers du sein. Il présente sa technique d’intervention comme une nouvelle méthode chirurgicale pour guérir le cancer du sein. Il enlevait le sein, le muscle grand pectoral sous-jacent ainsi que la chaîne ganglionnaire axillaire. Selon lui, cette intervention avait l’avantage d’éviter la dissémination des cellules cancéreuses dans les organes vitaux, surtout si elle était pratiquée précocement sur un cancer du sein.
A la suite de cette publication de Halsted, les soignants ont placé leur confiance dans cette intervention. Elle s’est progressivement imposée pendant près de 80 ans dans le monde industrialisé. Ainsi, depuis plus d’un siècle, l’intervention chirurgicale fait partie des soins du cancer. Les chirurgiens ne savaient sans doute pas que Halsted avait pris ses désirs pour des réalités et qu’ils avaient été séduits par une théorie non démontrée. L’examen détaillé des interventions pratiquées par Halsted jusqu’en mai 1892 et pour lesquelles le recul était d’au moins 2 ans montre que 16 des 25 premières femmes opérées, soit 64 % avaient récidivé au niveau local, régional ou étaient décédées. Ce fait remet fondamentalement en question l’efficacité annoncée par Halsted de la mastectomie radicale. Dans les années 1970, cette opération a été remplacée par des interventions moins mutilantes. Les évaluations n’avaient pas montré de différence d’efficacité en termes de survie entre l’intervention très mutilante de Halsted et les opérations moins étendues qui lui ont donc été préférées depuis.
L’erreur d’appréciation sur l’efficacité de l’opération de Halsted a certainement contribué à rechercher les cancers précocement. La conviction de l’efficacité de la chirurgie a masqué le problème de la fiabilité du diagnostic et a alors renforcé une idée encore répandue de nos jours : on a d’autant plus de chances de guérir si l’intervention est précoce. La plausibilité de l’explication biologique proposée par Halsted requiert de négliger ce qui se passe à l’échelle cellulaire. Pour mémoire, le volume d’une cellule est des centaines de milliers de fois plus petit qu’un millimètre cube. Halsted suggère que l’intervention précoce permet d’éviter les métastases dans les organes vitaux. Tous les médecins sont formés dans cette logique pour repérer le cancer le plus tôt possible. Pourtant, rien n’empêche que des métastases partent de tumeurs naissantes d’une fraction de millimètres ou que des tumeurs régressent spontanément. L’erreur du modèle linéaire de Halsted a été masquée du simple fait que la proportion de faux cancers s’accroît avec la précocité du diagnostic. Ainsi, l’illusion de succès croissants avec la précocité de la chirurgie vient-elle du défaut de fiabilité de l’examen diagnostique. Les faux cancers n’auraient pas eu besoin d’être opérés. S’ils n’avaient pas été dépistés, ils n’auraient pas eu de conséquence sur la santé.
Le deuxième événement est survenu en 1945. La présidente de l’association américaine pour le contrôle du cancer a souhaité rajeunir le bureau et impulser un nouveau dynamisme. Le nom de l’association est alors devenu l’« American Cancer Society ». Son mari, un publiciste qui venait de réussir un coup fumant auprès des femmes américaines en lançant le slogan « au lieu de sucer des bonbons, fumez des cigarettes ! » lui a suggéré l’idée du dépistage. L’American Cancer Society a alors remis à l’honneur un test de dépistage ayant fait l’objet d’une première publication en 1928. Il s’agissait d’un test diagnostic de cancer en prélevant des cellules par frottis du col de l’utérus. A l’examen des résultats obtenus par le médecin grec Papanicolaou, les gynécologues de l’époque ont craint d’avoir trop de faux diagnostics de cancer. C’est sans évaluation préalable que ce test a été massivement recommandé par la société américaine du cancer dans des conférences publiques, slogans publicitaires à l’appui. Dans les années qui ont suivi, le Congrès américain annonçait publiquement son soutien financier à l’American Cancer Society. Le dépistage du cancer, issu d’enjeux institutionnels, a rapidement séduit la population, les soignants et les élus. Une étude sur le dépistage du cancer du sein par mammographie a commencé à New York en 1963.
Un troisième événement a contribué à cautionner le dépistage. En 1971, le président des Etats-Unis Richard Nixon a déclaré la guerre au cancer. Le dépistage a alors été inclus dans la panoplie des armes déployées. De ce fait, il devenait inattaquable. Toute contestation du dépistage du cancer fut alors assimilée à une trahison. Le dépistage du cancer est constitutif d’un engagement de l’homme pour le bien de la prévention et contre le mal engendré par la maladie cancéreuse. Cette situation a contribué à mobiliser des intelligences, des pouvoirs, des moyens financiers, des compétences psychologiques, juridiques et morales pour étouffer les cris de vérité qui se sont succédés depuis. Par exemple, à deux reprises, John Bailar III, un chercheur reconnu, influent dans l’attribution des crédits de recherche sur le cancer dans les années 70 aux Etats-Unis a publié les preuves de l’échec de la stratégie de guerre menée contre le cancer. Son rationalisme a heurté l’orgueil de la nation. Les évidences de l’augmentation artificielle des diagnostics de cancer consécutive au dépistage et de la piètre efficacité des moyens déployés en termes de réduction de la mortalité ont été assimilées à des attaques de la politique de la recherche et des soins. La personnalisation des attaques s’est intensifiée vis-à-vis de ceux qui lui ont succédé. Aujourd’hui, les ténors questionnant les bénéfices du dépistage et affirmant les certitudes scientifiques sur ses inconvénients font l’objet d’attaques personnelles. Cette violence s’explique vraisemblablement par l’héritage d’une culture de guerre contre le cancer où le doute scientifique est assimilé à une traîtrise.
Les effets bénéfiques du dépistage sont annoncés pour être mesurables dix ou 15 ans plus tard et à condition d’agir régulièrement sur de larges populations. Ainsi, l’investissement nécessaire pour mener les actions est sans risque. Le modèle d’une histoire naturelle où le cancer évoluerait lentement contribue à stabiliser la représentation des besoins de prévention par le dépistage et donne une explication rassurante au fait qu’on trouve plus de tumeurs lorsqu’on les dépiste précocement. Toutes ces conditions sont favorables à une conduite efficace des projets à gérer. La rationalisation des techniques à mettre en œuvre permet des économies d’échelle et une meilleure productivité. Enfin, l’adhésion à une démarche annonçant qu’il est possible d’éviter les complications d’une maladie réputée incurable en intervenant tôt semble logique et séduisante pour les soignants, les soignés et les autorités politiques.
Enfin, un programme de dépistage organisé du cancer rejoint les valeurs d’une société ayant fait le choix d’une politique sociale reposant sur les principes de solidarité et d’égalité d’accès à des prestations de santé de qualité.
4. Evaluation des effets du dépistage du cancer et de son efficacité
Pour cette partie de l’exposé, je vous demande toute votre attention parce que je souhaite vous faire partager une démarche rationnelle démontrant pourquoi le dépistage du cancer ne fonctionne pas.
Principe de la possibilité d’une différence entre l’observé et le réel
En science, toute démarche d’acquisition du savoir repose sur l’a priori suivant : les observations recueillies sont un reflet imparfait de la réalité. Ce doute scientifique est la condition du progrès de la connaissance. En pratique diagnostique, on a pris l’habitude d’évacuer le doute scientifique parce qu’il nuit à la confiance du patient dans la compétence du médecin et qu’il est associé à la notion d’erreur médicale.
Voyons ce qui se passe lorsqu’on applique le principe fondamental du doute scientifique au résultat du classement d’un individu par un médecin. Après les premières étapes d’investigation non invasives, c’est l’examen du prélèvement qui sert à décider dans laquelle des deux catégories suivantes se trouve le patient : soit il est atteint, soit il n’est pas atteint d’une maladie cancéreuse. En conséquence, quatre situations sont possibles.
1.En vérité, l’individu examiné a une tumeur maligne et le médecin le classe correctement. Le diagnostic de cancer est le bon. Il s’agit d’une maladie cancéreuse véritable.
2.En vérité, l’individu examiné n’est pas atteint de tumeur maligne mais le médecin se trompe en le classant comme atteint d’un cancer. Il s’agit alors d’un surdiagnostic.
3.En vérité, l’individu examiné a une maladie cancéreuse mais le médecin se trompe en le classant comme non atteint d’un cancer. Il s’agit alors d’une tumeur maligne manquée.
4.En vérité, l’individu examiné n’a pas de cancer et le médecin le classe correctement. Il s’agit alors d’un vrai négatif.
Selon les critères intervenant dans le classement, on peut modifier les risques d’erreur. Cependant, pour un système de critères donné, un médecin qui cherche plutôt à éviter de manquer un vrai cancer va forcément obtenir plus de surdiagnostics. Quand il hésite entre tumeur maligne ou tumeur bénigne, il va opter pour un diagnostic de cancer. Ainsi, il évite de se tromper en ayant laissé passer un vrai cas de cancer mais, en contre partie, il augmente le risque de surdiagnostic.
Les médecins sont conscients de ce risque. La perception de leur performance dans le classement vient de la confrontation de leur avis avec celui d’un collègue dont la compétence est reconnue. Le médecin ajuste alors ses critères de classement pour réduire autant que possible chacun des deux risques d’erreur : la tumeur maligne manquée et le surdiagnostic. Supposons qu’une séquence d’examens permette de diagnostiquer le 90% des véritables maladies cancéreuses en concédant une erreur de 1% seulement dans le classement des personnes sans tumeur maligne. Ces performances distinctes s’appellent la sensibilité correspondant ici aux 90 % des vraies maladies cancéreuses correctement identifiées et la spécificité correspondant ici aux 99% des individus sans tumeur maligne correctement classés par le médecin. Ces performances sont intrinsèquement bonnes. Mais voyons ce qu’elles donnent dans un contexte réaliste de dépistage où, sur 1000 personnes examinées, 4 ont une vraie maladie cancéreuse et 996 n’ont pas de tumeur maligne. Avec 90% de succès dans le classement des 4 cas de cancer réels, on a bien des chances de n’en rater aucun. 4 diagnostics de cancer obtenus correspondent donc à de vraies maladies cancéreuses. Mais avec 99% de succès en concluant à l’absence de cancer, on obtient 10 erreurs. En effet, si on se trompe une fois sur cent chez les personnes saines, on reproduit 10 fois cette erreur. Au total, on a donc obtenu 4 diagnostics de maladies cancéreuses vraies et 10 surdiagnostics. Ainsi parmi les 14 diagnostics obtenus, seulement 4, soit 29 % seulement correspondent à de véritables maladies cancéreuses.
Incroyable, mais vrai ! Les spécialistes sont trop préoccupés par leurs recherches pour s’intéresser à un calcul aussi simple. Ils optimisent les performances de sensibilité et de spécificité de leur séquence d’examen sans se rendre compte des implications énormes de défauts minimes dans un contexte de dépistage. Dans notre exemple, il s’agissait de 1% d’erreur seulement qui fabriquaient 10 surdiagnostics à cause du dépistage systématique. Le résultat très décevant du classement donnant dans ce cas plus de 70% d’erreurs parmi les individus diagnostiqués avec un cancer est imparable. Mais il échappe à la perception du médecin.
Le médecin ne perçoit en effet que la proportion des patients évoluant favorablement et défavorablement. Reprenons la situation correspondant aux 4 cas de maladie cancéreuse véritable. Sans le dépistage, tôt ou tard, ils seront diagnostiqués. Supposons que leur évolution soit défavorable. Dans chacun de ces cas, médecin et patient vont devoir faire face à une maladie incurable et ils perçoivent une situation difficile à accepter et à gérer. Par contre, dans un contexte de dépistage, ces 4 cas de maladie cancéreuse véritable dont l’évolution est défavorable vont se trouver dilués avec 10 surdiagnostics. L’évolution favorable de chaque surdiagnostic que le médecin croit être un vrai cancer soigné à temps lui donne l’illusion de l’efficacité des traitements. Le patient reconnaissant ne sait pas non plus qu’il a été simplement victime d’une erreur de diagnostic.
Cet exemple démontre pourquoi le surdiagnostic est plausible. Plus on dépiste, plus les tumeurs examinées sont petites. Or, le prélèvement ponctuel d’une petite tumeur est moins prédictif d’une évolution défavorable que pour une tumeur plus volumineuse.
Preuves issues de faits observés
La comparaison des nombres de cancers diagnostiqués dans des populations dépistées plus intensément que d’autres démontre que parmi les petites tumeurs, il en est qui n’évoluent pas et régressent même naturellement.
En Norvège, on dispose de suivis individuels précis de chaque femme. On sait à quelle fréquence chaque femme s’est fait examinée par mammographie. En comparant celles qui se font examiner à intervalle régulier et les autres, il apparaît que la mortalité par cancer du sein cumulée sur plusieurs années est la même. Par contre, le nombre de diagnostics de cancer est d’autant plus élevé que les femmes ont eu plus souvent une mammographie de dépistage.
En France, la mortalité par cancer du sein n’a pas évolué significativement de 1980 à 2000. Par exemple, le nombre annuel de décès par cancer du sein parmi 100000 femmes âgées de 75 à 84 ans fut respectivement de 120 pour 1980 à 1981 et de 122 pour 2000 à 2001. Or pendant cette même période, la pratique du dépistage a considérablement augmenté. La fréquence de nouveaux diagnostics de cancers du sein a augmenté en passant de 20 000 pendant l’année 1980 à 40 000 pendant l’année 2000.
Ce tableau de la situation française est cohérent avec ce qu’on sait du dépistage et du surdiagnostic observé notamment dans les pays nordiques où l’information adéquate est disponible.
Mais plaçons-nous tout de même dans l’hypothèse où la fréquence des vrais cas de maladie cancéreuse aurait considérablement augmenté en France de 1980 à 2000. Il aurait alors fallu que les traitements gagnent beaucoup en efficacité puisque la mortalité est restée stable. Comme les traitements ont peu évolué, l’augmentation des guérisons serait alors due à la précocité des soins consécutifs au dépistage. Ce scénario est possible seulement s’il est prouvé que le dépistage permette de réduire très efficacement la mortalité par cancer du sein.
Les études réalisées pour répondre à cette question sont des essais contrôlés. Il s’agit des évaluations dont le niveau de preuve est le plus élevé. Elles comparent plusieurs dizaines de milliers de femmes tirées au sort pour les allouer soit à un groupe où on conduit un programme de dépistage soit à un groupe où on ne réalise pas le programme. Les résultats obtenus par les études de ce type menées dans le monde s’avèrent contradictoires. Selon la publication de novembre 2006 mentionnée en introduction, les résultats de l’essai contrôlé suédois montrant la réduction de mortalité par cancer du sein la plus favorable dans le groupe dépisté s’avèrent incompatibles tant avec les données du registre suédois du cancer qu’avec les statistiques nationales. Un étude canadienne montre une mortalité par cancer du sein plus importante dans le groupe dépisté que dans le groupe non dépisté. Ce résultat a été confirmé après un audit externe de cette étude.
L’analyse comparative de l’ensemble de ces essais contrôlés fait régulièrement l’objet de synthèses. Dans la littérature francophone, les synthèses de la revue « Prescrire » publiées en 2006 concluent à l’incertitude d’un gain en termes de mortalité consécutif au dépistage du cancer du sein. Une autre analyse comparative de l’ensemble de ces études issue d’un institut Cochrane, membre de l’organisation planétaire de référence pour l’analyse des essais contrôlés, a été mise à jour en octobre 2006. Son résumé donne l’estimation suivante : pour un décès par cancer du sein qui serait évité, le dépistage du cancer du sein entraîne10 surdiagnostics.
Aujourd’hui, nous commençons à remarquer l’augmentation du cancer autour de nous. Mais ce que nous percevons de la réalité du phénomène est infime. Le dépistage du cancer est un filet subtil dans lequel se font prendre une petite proportion des personnes, chaque fois qu’elles s’en approchent. Une femme se fait offrir une mammographie. Elle se dit : de toute façon, ça ne peut pas me faire de mal. La probabilité d’un résultat alarmant est faible. Mais, cumulée sur quelques années, cette probabilité devient très consistante. Le risque d’être alarmé se chiffre pourcents alors que le risque de cancer se chiffre en pour mille.
La description de l’augmentation de la survenue des diagnostics d’une maladie se fait par une courbe épidémique. En France la courbe des cancers du sein est à la hausse depuis plus de 20 ans. Le nombre de diagnostics en surplus à partir de 1980 jusqu’en 2000 est voisin de 200 000. Ce surplus correspond à 3,6 fois l’épidémie de sida, hommes et femmes inclus pendant la même période en France (voir annexe 4).
Les avantages réels d’une détection précoce, s’ils existent, sont minimes au regard des énormes inconvénients des surdiagnostics qui donnent l’illusion du succès des traitements.
5.Le surdiagnostic dans la littérature scientifique et vu par les institutions
Dans un texte shakespearien publié dans la revue américaine de chirurgie, un historien spécialisé sur le cancer du sein, aborde la question du surdiagnostic. Cet expert anglo-américain, James Robinson, professe à Dallas au Texas. La manière dont il a choisi d’insinuer la notion de surdiagnostic est éloquente en soi. Je cite. « Tout au long de l’histoire, des références montrent comment on a réalisé que pour guérir un cancer, le diagnostic doit avoir été fait précocement. Voici un exemple de référence tirée d’un traité du cancer par un auteur allemand. En 1774, les femmes de Besançon ont subitement succombé à une épidémie de crainte : la peur d’avoir brusquement développé un cancer du sein. La cause de cette épidémie fut la recommandation d’un « chirurgien » aux femmes pour qu’elles examinent leurs seins en recherchant des grosseurs. Les femmes lui ont obéi avec tant de zèle en examinant et palpant leurs seins longuement et souvent, que des grosseurs ont été repérées dans nombre d’entre eux. Ils furent opérés immédiatement avec grand succès par le chirurgien. » Après cette histoire, l’article en anglais se poursuit par une citation en français, toujours à propos des femmes de Besançon. Je cite : « Effrayées par un opérateur intéressé ou peu instruit ». Ces mots en français dans l’article américain sont la citation d’un autre auteur. Prudence oblige.
La difficulté d’aborder ce sujet de front est manifeste. Mais il a réussi à tout dire : la peur, l’intéressement financier, la bêtise et l’illusion de l’efficacité. Heureusement que son exemple tombe sur Besançon. Le sujet du surdiagnostic est trop brûlant pour supporter qu’il s’applique à nous qui sommes ce soir à Nantes.
Afin de ne pas effrayer les relecteurs de son article, Robinson a recouru à un auteur allemand et à une citation française. Il a même poussé la prudence jusqu’à voiler l’appât du gain de ce chirurgien de Besançon en mettant une traduction en anglais où l’intéressement financier se mute en fanatisme. Dans le domaine de la santé, le conflit d’intérêt est un sujet qui fâche.
Cet historien est honnête. Il sait pertinemment qu’il sera lu entre les lignes et qu’il donne les clés de la violence latente qui entoure un débat sur le traitement du cancer du sein.
La dimension religieuse de la conviction d’efficacité de l’ablation chirurgicale d’une tumeur est évoquée à la fin du premier paragraphe de son article. Je n’ai pas résisté à l’envie de vous le citer.
« L’histoire de la chirurgie est aussi ancienne que l’humanité et aussi vaste que les océans. Beaucoup de choses ont été actées, beaucoup demeurent inconnues et beaucoup ont eu des conséquences négligeables. La chirurgie est née de la nécessité de se protéger contre les dangers de la vie quotidienne, de se défendre contre les attaques des autres et de vaincre la malignité d’une maladie démoniaque. »
C’est ainsi que Robinson, s’adressant à ses confrères chirurgiens, révèle la dimension mythique de notre conviction d’efficacité de l’ablation chirurgicale d’une tumeur.
Il y a un peu plus de 20 ans, on disposait des résultats comparatifs entre l’intervention radicale de Halsted et les opérations restreintes à la tumeur. Le chirurgien Bernard Fisher a principalement utilisé ces résultats pour remettre en question le schéma linéaire de l’évolution de la maladie cancéreuse. Son allusion au surdiagnostic est alors limitée, mais oh combien suggestive. Pour expliquer le caractère spéculatif d’une prévision sur l’évolution d’une tumeur, il la compare à un film. L’examen ponctuel devient alors un arrêt sur image à partir duquel on inventerait la suite du scénario…
Tant que le surdiagnostic fut évoqué de manière allusive, teintée d’agressivité, d’ironie ou de mépris pour interpréter des succès thérapeutiques personnels entre médecins, il n’était pas vraiment tabou. Mais le jour où les comparaisons factuelles des diagnostics en excès constatés lors du dépistage ont été dénoncées, la plupart des médecins ont choisi de se serrer les coudes en mettant en pratique la parole de Pascal : « Quand on ne sait pas la vérité d’une chose, il est bon qu’il y ait une erreur commune qui fixe l’esprit des choses ». Ainsi, ils ont produit des standards de soin par consensus. Mais quand j’ai dit à la Faculté de médecine de Rennes mon opinion sur l’irrecevabilité de partager l’erreur commune du surdiagnostic dès lors quelle ne reste pas au niveau de la pensée mais qu’elle s’incarne par la pratique du dépistage, j’ai été agressé verbalement.
Actuellement, les méthodes de communication relatives au surdiagnostic évoluent. On mise d’abord sur le silence. S’il faut répondre à un journaliste qui pose une question sur l’utilité du dépistage, on joue sur l’autorité et sur la crédulité par des affirmations telles que : « maintenant, grâce au dépistage, la plupart des cancers guérissent », sans dire que c’est à cause du surdiagnostic. Avec paternalisme, on minimise le problème du surdiagnostic en affirmant qu’il vaut mieux risquer de se faire soigner inutilement que de décéder d’un cancer non dépisté. On avance des pourcentages et des fourchettes de nombres de décès évités. On noie le poisson avec des résultats rassurants issus de modèles complexes. On recentre le débat sur la qualité intrinsèque des actes, sur les valeurs de solidarité et d’égalité d’un dépistage organisé pour tous et surtout sur la nécessité de continuer à dépister pendant plusieurs décennies pour savoir combien de vies auront été sauvées.
6.Engagement du chercheur, du soignant et du citoyen face au cancer
Le spectacle produit par les représentants institutionnels qui s’expriment sur le dépistage est parfois révélateur de la lâcheté engendrée par la peur. Je vous livre ici quelques réflexions personnelles sur la manière de contribuer à une évolution favorable des réponses apportées à la maladie cancéreuse.
Engagement du chercheur
Il est urgent de remettre en question la définition dogmatique du cancer fondée sur un prélèvement ponctuel à cause des aberrations qu’elle engendre. En mélangeant de vrais cancers avec des faux, on ne peut plus progresser dans la compréhension de la maladie cancéreuse. L’intuition et les résultats statistiques sont réduits à néant. Une définition plus réaliste de la maladie cancéreuse pourrait par exemple recourir à des critères impliquant l’observation de l’évolution des tumeurs dans le temps. Une telle démarche ouvrirait une ère nouvelle de recherche sur la maladie cancéreuse et sur des soins adaptés à notre connaissance de la réalité.
En recherche clinique, il convient de formuler les questions de recherche différemment selon qu’il s’agisse ou non de dépistage. Certes, la disponibilité d’une offre de soin est rassurante pour la population. Quand une personne ou son entourage perçoit un problème de santé, la consultation d’un professionnel est a priori utile. L’adhésion du patient et de son entourage à la démarche proposée par le soignant fait partie des enjeux de qualité des soins. La question de recherche qui se pose alors au soignant est la suivante : Que faire ? Quelles sont les réponses optimales à donner sur les plans diagnostique et thérapeutique ?
Par contre, dans la situation du dépistage, l’initiative d’un acte à visée diagnostique et de ses suites éventuelles n’est pas justifiée a priori. La question d’évaluation à résoudre par le chercheur n’est alors pas « Que faire ? » mais « Faut-il faire ? ». L’analyse des avantages et des inconvénients de la pratique de dépistage et de ses retombées sur la santé des gens est nécessaire avant de la proposer en population.
Comme la maladie cancéreuse peut causer le décès, le critère d’évaluation d’une pratique de dépistage doit inclure la mortalité. Si on ne dispose pas d’études correctement menées, des essais contrôlés qui apportent la preuve de l’efficacité du dépistage par une différence statistiquement significative de mortalité entre un groupe dépisté et un groupe non dépisté, cette pratique n’a pas lieu d’être proposée en population.
Les chercheurs savent que plusieurs essais contrôlés montrent une surmortalité par cancer du sein au cours des premières années qui suivent l’introduction d’un dépistage. Ces résultats qui vont à l’encontre de la théorie en vigueur sont très utiles pour avancer dans la compréhension de l’histoire naturelle de la maladie et devraient favoriser l’instauration de nouvelles pratiques.
Engagement des soignants
Les valeurs hippocratiques guident le médecin. Le premier rôle dévolu au médecin est d’intervenir pour éviter ou réparer intégralement un processus morbide. Lorsque le mécanisme causal d’une maladie est connu, les chances de succès d’une intervention sont considérables. Ce rôle a priori gratifiant n’est pas assumé avec beaucoup d’efficacité en cancérologie. En effet, la première cause de décès par cancer en France est la consommation de tabac. Depuis 50 ans, on dispose des résultats d’une célèbre étude réalisée chez plusieurs dizaines de milliers de médecins anglais. Cette étude montre que le risque de décès par cancer du poumon est au moins 10 fois plus élevé chez le fumeur régulier que chez le non fumeur. Actuellement, le cancer du poumon est la première cause de décès par tumeur maligne en France. L’explication de l’échec de la prévention primaire réside sans doute dans le décalage entre les médecins issus de la Faculté de médecine et les disciples d’Hippocrate qui se seraient réjoui d’éliminer ce facteur déclenchant du cancer.
Le deuxième rôle dévolu au médecin est d’améliorer l’état d’un malade en agissant sur le mal. D’une certaine manière, le dépistage qui vise à intervenir tôt sur une tumeur dont on ne comprend pas pourquoi elle se dissémine et pourquoi elle détruit son environnement est une tentative bien intentionnée d’agir sur la maladie. Hippocrate soulève le problème fondamental de l’opportunité d’agir sur la maladie plutôt que de s’occuper du patient. Il propose d’y apporter une solution par les résultats de l’épidémiologie clinique. Pour décider d’agir ou non sur la maladie, le médecin doit se référer à celui qui compte les succès et les échecs.
Les synthèses de Prescrire et les revues Cochrane sont claires à ce sujet. La recherche épidémiologique n’a pas apporté une réponse qui justifie d’appliquer le dépistage du cancer du sein dans la population.
La sévérité et la violence d’Hippocrate vis-à-vis du médecin influencé par l’angoisse des gens pour agir sur des maladies qu’on ne comprend pas est effrayante. Il traite d’insensé celui qui agirait de la sorte, sans assumer le rôle que l’homme est en droit d’attendre d’un médecin véritable.
La formation médicale donne peu de chances d’acquérir la dimension humaine requise pour avoir la force d’assumer l’accompagnement du patient en admettant notre ignorance sur le mécanisme d’évolution de la maladie. Il s’agit de discerner quand le mal est le plus fort. La grandeur de ce discernement exige l’humilité : accepter notre condition de mortel et notre ignorance. Une recherche ambitieuse repose sur l’humilité du soignant.
Le refus de discerner quand le mal est plus fort a plongé l’exercice de la médecine dans la déraison, comme Hippocrate l’avait annoncé. La tradition d’agir sur la maladie sans comprendre pourquoi fait partie de la culture médicale actuelle modelée par le consensus.
Dans la jungle institutionnelle actuelle, il n’est pas simple de distinguer quelle forme d’engagement peut favoriser une diversification organisée des soins permettant de faire évoluer nos connaissances sur la maladie cancéreuse.
Individuellement, le médecin praticien peut assumer pleinement ses responsabilités en respectant les valeurs hippocratiques en France. En effet, la revue Médecine a choisi de donner la première place à la décision individuelle de chaque femme. La décision de réaliser ou non un examen de dépistage devrait donc résulter d’un dialogue où le médecin n’a pas à imposer une règle.
Engagement citoyen
Notre santé nous appartient. Il n’est donc pas question de remettre au professionnel de santé la décision de prendre l’initiative d’examens de dépistage sans qu’il nous ait expliqué ce qu’on peut en attendre. La lecture préalable du numéro de janvier 2007 de Que Choisir Santé est sans doute favorable à l’instauration d’un dialogue allant à l’essentiel. Le temps de notre médecin ne peut être plus profitable qu’en lui permettant de nous aider à résoudre nos problèmes de santé. Si le dépistage ne nous préoccupe pas, profitons de son temps pour un autre sujet. Si le dépistage nous préoccupe, alors dialoguons avec lui, sans oublier que c’est d’abord notre intérêt qui compte et que la décision, c’est à nous de la prendre.
Venons-en maintenant à une action citoyenne tournée aussi vers les autres. Voici une proposition pour que le débat sur le dépistage du cancer s’ouvre au grand jour.
Les élections présidentielles sont une occasion de poser des questions aux candidats. Voici celle que je propose :
« Des travaux scientifiques montrent que dans un contexte de dépistage, les problèmes de fiabilité d’un diagnostic ponctuel de cancer donnent l’illusion de son efficacité. Des guérisons apparentes sont dues au fait que des gens se font diagnostiquer et traiter alors qu’ils n’ont pas de véritable maladie cancéreuse. Seriez-vous favorable à l’organisation d’un débat sur le dépistage du cancer du sein auquel participent des experts internationaux préoccupés par les dangers du surdiagnostic ? »
En France et dans le monde, rares sont les hommes et les femmes qui appréhendent l’étendue des enjeux. Leur solidarité est à la mesure de leur courage pour affronter les intérêts liés à la pratique du dépistage. Ce soir, je me suis exprimé sans concession pour que s’engage un débat citoyen sur le dépistage et ses dangers. Les professionnels de soins attentifs aux réalités de santé de la population et refusant de nuire ont besoin de l’engagement et de la détermination des citoyens pour que le débat sur le dépistage du cancer ait lieu sur la place publique. Il en va de l’authenticité de la profession médicale et de la confiance que la société est en droit d’attendre de pratiques soignantes respectueuses de l’homme.
Merci de votre attention !
ANNEXE 1
Dépistage du cancer du sein
et médicalisation
en santé publique
Breast cancer detection
and medicalisation in public health
Junod B.1 et Massé R.2
Résumé : L'objectif de réduction de la mortalité par cancer du sein annoncé dans le rapport sur la santé en France de 1994 a impliqué la promotion du dépistage et du traitement chirurgical précoce. Or, cette mortalité n'a pas évolué significativement en France bien que l'on ait recherché et opéré de plus en plus de cancers. La prévalence élevée de diagnostics histologiques de cancer du sein obtenus dans les études d'autopsies publiées expliquerait que le dépistage repère des "cancers" non létaux. On estimerait ainsi à 120 le nombre d'opérations chirurgicales réalisées par jour ouvrable pour des "cancers" non létaux en France en 1999. La santé publique a une responsabilité éthique face à l'allocation des ressources et se doit de veiller à éviter les dérapages dans le dépistage et les interventions missionnaires.
Summary : The aim of reducing breast cancer mortality announced in the report on health in France published in 1994 strongly implicated the promotion of screening and early surgical treatment. However, this mortality has not evolved significantly in France, although more and more cancers has been found and operated upon. The increased prevalence rates of histological diagnoses of breast cancer obtained from the studies of autopsies published has shown that the screening has discovered non-terminal, benign cancers. It has been estimated that 120 of the surgical operations conducted per day in France in 1999 have been carried out to remove non-terminal, benign cancers. Public health has an ethical responsibility to face in terms of the allocation of resources and must remain vigilant in order to avoid excessive screening and unnecessary interventions.
Mots clés : dépistage – cancer du sein – histologie – validité – éthique médicale.
Key words : detection – breast cancer – histology – validity – medical ethics.
1 Médecin de santé publique, Ecole Nationale de la Santé Publique, Département d'évaluation et de gestion des risques liés à l'environnement et au système de soins. Rennes, France.
Mel : bjunod@ensp.fr
2 Anthropologue, Directeur département Anthropologie, Université Laval, Québec.
Mel : raymond.masse@ant.ulaval.ca
Tiré à part : Bernard Junod – ENSP - Av Pr L.Bernard - CS 74312 - F- 35043 Rennes Cedex - France
La santé publique, lieu de pluridisci-plinarité, a pour mission de prendre du recul sur l’action et l’engagement dans le champ de la santé. En situant au niveau d’une réduction de mortalité les objectifs des programmes de santé faisant l’objet d’une évaluation, le Haut Comité de la Santé Publique engage les acteurs de santé à s’ouvrir à d’éventuelles remises en question de leurs pratiques habituelles obéissant aux standards de soins.
Le récent colloque international sur les normes et valeurs dans le champ de la santé organisé par l’atelier de recherche sociologique de l’Université de Bretagne occidentale et par le Comité de Recherche 13 de l’Association internationale des sociologues de langue française « sociologie de la santé » (Brest 20 et 21 mars 2003) a donné la parole à des sociologues, à des anthropologues, des juristes et à des médecins, stimulant ainsi une réflexion lucide sur la complexité des enjeux intervenant dans la conduite d’actions de santé.
Deux communications ont abordé le dépistage du cancer du sein [1,2]. Il a été rappelé que l’objectif annoncé dans le rapport sur la santé en France de 1994 est une réduction de 30 % dans les 15 ans de la mortalité qui lui est imputable chez les femmes de 50 à 69 ans [3].
La conjonction de trois évidences épi-démiologiques s'avère compatible avec l'hypothèse d'une médicalisation excessive des soins à visée préventive actuellement délivrés.
L'évidence des données de mortalité
De 1980 à 2000, la mortalité par cancer du sein n'a pas évolué significativement en France [4]. En 2000, 11 637 décès ont été attribués au cancer du sein en France.
L'évidence des données de prévalence
La recherche de lésions histologiques de cancer du sein effectuée chez des personnes non sélectionnées spécifi-quement en fonction d'une pathologie mammaire a été réalisée et publiée au cours des 20 dernières années pour 626 autopsies de femmes caucasiennes dans le monde. Dans 82 cas, une lésion histologique de cancer du sein a été diagnostiquée, ce qui correspond à une prévalence de 2,4 % de cancers invasifs (n= 15) et de 10,7 % de cancer in situ (n = 67) [5-8]. L'extrapolation de ces pré-valences à la population féminine française donnerait plus de 2 000 000 de femmes vivant avec des cellules qu'un examen histologique considérerait comme un cancer du sein.
L'évidence des données d'incidence
De 1980 à 2000, on a recherché et trouvé de plus en plus de cancers du sein en France. L'incidence annuelle standardisée à la population mondiale des cancers invasifs a augmenté de 2,42 % par an [4]. Le nombre estimé de cancers nouvel-lement diagnostiqués en France en 2000 est de 41 845 [4].
Il ressort de ces trois évidences que la majorité des cancers prévalents sus-ceptibles d'être identifiés comme tels par un examen histologique n'évoluent pas vers la mort.
On peut ainsi supposer que les cancers létaux sont de toute façon repérés à un stade ou à un autre, mais que le repérage de lésions histologiques correspondant à des cancers non létaux dépend de l'intensité du dépistage. Dans ce cas, une majorité des interventions chirurgicales réalisées actuellement pour cancer du sein concerneraient des lésions qui n'entraîneraient pas la mort.
Le tableau 1 compare les nombres de cancers et d'interventions chirurgicales selon deux scénarios. Dans le premier, on suppose que le dépistage n'est pas réalisé. Le second scénario suppose que 70 % des 1000 femmes ont eu une mammographie éventuellement suivie d’investigations et/ou d’interventions complémentaires.
Les 1000 femmes de 60 ans examinées un jour donné ont été réparties en trois catégories de statut tumoral. Cette répartition tient compte des évidences épidémiologiques pour estimer les nombres respectifs de femmes sans cancer, avec un cancer non létal et avec un cancer létal. 869 sont considérées sans lésion tumorale à caractère histologique de malignité, 127 ont un cancer non létal et 4 ont un cancer létal. Sur les 20 interventions chirurgicales réalisées, 12 concernent des cancers non létaux.
Tableau 1 :
Conséquences de soins chez 1000 femmes selon l’état tumoral de leurs seins
Statut tumoral estimé chez 1000 femmes de 60 ans
Scénario 1 :
Sans dépistage
Scénario 2 :
Avec dépistage à 70 %
Pas de cancer (n=869)
Pas d’inconvénient
261 sans inconvénient (30 % sans dépistage)
608 résultats rassurants
Cancer non létal (n=127)
Pas d’inconvénient
38 sans inconvénient
77 résultats rassurants
12 mammographies positives
inutilement suivies d’opération
Cancer létal (n=4)
4 opérations palliatives
4 opérations suivies de 4 reprises chirurgicales
Selon les données publiées par la Direction de la Recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques du Ministère de l’emploi et de la solidarité, le nombre de séjours avec intervention chirurgicale pour cancer du sein était de 50 699 en 1999 [9]. Le 60 % de ces interventions, soit de l'ordre de 120 par jour ouvrable pourraient concerner des cancers non létaux.
L’importance du réservoir de « cancers » sans évolution métastatique expliquerait la contradiction entre la proportion croissante de succès thérapeutiques chez les femmes traitées et la stabilité de la mortalité par cancer du sein en population générale.
Un système de santé cohérent repose sur des pratiques concrétisant des valeurs fondamentales socialement partagées [10], par un engagement et des actions obéissant à des normes adéquates. Si l’objectif d’une réduction significative de la mortalité est actuellement hors d’atteinte, l’augmentation des interventions chirur-gicales résultant du dépistage n’a pas lieu d’être.
L'exemple du cancer du sein pose le problème des dérapages dans le dépistage et les interventions mission-naires de la santé publique. D’autres localisations de cancer sont concernées par cette remise en question. La définition de ce qu’on appelle un cancer létal est, par exemple, tout aussi problématique pour le cancer de la prostate.
L'argent investi dans le dépistage et ses suites n'est plus disponible pour intervenir sur un autre problème pour lequel on dispose peut-être d'outils d'intervention plus spécifiques et efficaces. Une inter-vention n'est plus éthiquement justifiée si elle conduit à un gaspillage des res-sources publiques [11]. Les causes et les conséquences de tels dysfonctionnements soulèvent de vastes questions :
- Jusqu'où pousser l'interventionnisme dans le dépistage ?
- Pourquoi et comment peut-on contribuer à la définition d’une offre de soin qui s’écarte de son but ?
- Comment rééquilibrer la part des réponses techniques au profit des réponses humaines aux problèmes de santé ?
- Comment réhabiliter une identité professionnelle des médecins résultant d’un engagement au service de la santé de la population ?
La formation médicale forge des a priori sur la représentation des maladies et crédibilise les démarches diagnostiques et thérapeutiques. La pratique des soins et la demande des patients contribuent à renforcer ces représentations.
Piégé par l’ambiguïté des rôles de soignant venant techniquement au secours du malade et de partenaire parmi l’ensemble des acteurs de santé publique, le médecin clinicien a tendance à imposer ses normes techniques dans les programmes de santé. La santé publique a une responsabilité éthique face à l'allocation judicieuse (ou inappropriée) des ressources. A ce titre, sociologues et anthropologues de la santé peuvent contribuer aux débats en veillant à éviter l’emprise de la médicalisation en santé publique. Le colloque international de Brest a révélé l’expression d’une expertise libérée d’une ambiguïté des rôles, nécessaire à une réflexion pluri-disciplinaire, sans hiérarchie des acteurs, à la recherche d’une mise en cohérence des normes et des valeurs dans les professions de santé publique.
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES
1.Boissonnat V. - Artefact technique et activité normative. Résumés du colloque Normes et valeurs dans le champ de la santé. Université de Bretagne Occidentale, Brest, 20 & 21 mars 2003 pp 23-30.
2.Junod B., Quélier C. et Ménoret M. Pratique de la chirurgie du sein et normes de soins en France. Résumés du colloque Normes et valeurs dans le champ de la santé. Université de Bretagne Occidentale, Brest, 20 & 21 mars 2003 pp 203-210.
3.Haut Comité de Santé Publique. La santé en France. Rapport général. Paris : La documentation française 1994 : pp 223 et 228.
4.L. Remontet, J. Estève, A.-M. Bouvier, P. Grosclaude, G. Launoy et al. Cancer incidence and mortality in France over the period 1978-2000. Rev Epidemiol Sante Publique 2003, 51:3-30.
5.Nielsen M, Jensen J, Andersen J. Precancerous and Cancerous Breast Lesions During Lifetime and at Autopsy. A Study of 83 Women. Cancer 1984 ; 54 : 612-615.
6.Bhathal PS, Brown RW, Lesueur GC, Russell IS. Frequency of benign and malignant breast lesions in 207 consecutive autopsies in Australian women. Br J Cancer 1985 ; 51 : 271-278.
7.Bartow S.A, Pathak DR, Black WC, Rey CR and Teaf SR. Prevalence of Benign, Atypical, and Malignant Breast Lesions in Populations at Different Risk for Breast Cancer. A Forensic Autopsy Study. Cancer 1987 ; 60 : 2751-2760
8.Nielsen M, Thomsen JL, Primdahls et al. Breast cancer and atypia among young and middle-aged women : a study of 110 medicolegal autopsies. Br J Cancer 1987 ; 56 : 814-819.
9.Chérié-Challine L, Mouquet MC, Marescaux C, Zeill A, Treppoz H, Auleley GR. Incidence et traitement chirurgical des cancers. Etudes et résultats. DREES 2002 ; 199 : 1-11.
10.Massé R. Éthique et santé publique. Enjeux, valeurs et normativités. Presses de l’université Laval, Québec, Canada. 2003.
11.Buchanan, A. Health Care delivery and resource allocation. In Medical Ethics, sous la direction de R.M. Veatch,. Boston, Jones and Bartlett publ., 1989, p. 291-327.
Annexe 2
Philip T, Kasparian C, Fagnani F, Moatti JP, Meunieur A, Parodi AL, Mornex R, Paolaggi JB, Godeau P, Vacheron A, Dreux C, Dubois F, Junod B, Picard JD.
Le dépistage du cancer du sein en France : bilan et limites. Discussion.
Bulletin de l’académie nationale de medicine 2005, vol 189 N° 2 pp 321-339.
Discussion (extrait)
….
M. François DUBOIS
Il semble y avoir, pour un praticien, deux types de tumeurs du sein: celles à évolution locales et celles très rapidement métastatiques. Y a-t-il une différence significative de pronostic entre une tumeur dépistée au stade préclinique et une petite tumeur dépistée par la palpation systématique du médecin traitant ou du gynécologue?
La réponse est oui puisqu'une tumeur dépistée par palpation mesure au moins un centimètre. Les tumeurs dépistées au stade infraclinique sont par définition plus petites et il y a une relation entre la taille de la tumeur et le pronostic. Cependant, votre question fait peut-être allusion à une étude américaine, qui avait comparé le dépistage à une palpation non pas par le médecin généraliste, mais par la femme elle-même. Cette étude n'avait pas montré de différence très significative dans le pronostic. La question reste donc ouverte. La réponse est donnée par les résultats des grandes études qui démontrent clairement que la taille tumorale est, avec l'atteinte des ganglions, le premier facteur pronostic; l'atteinte des ganglions dépendant elle-même de la taille. L'avance au diagnostic apportée par le dépistage peut être de plusieurs années et le pronostic est significativement meilleur.
M. Bernard JUNOD
De 1980 à 2000, la vitesse d'apparition des cancers du sein a doublé et le pronostic d'une évolution létale de ces cancers a été divisé par deux puisque la mortalité est restée stable. L'hypothèse d'une augmentation artificielle des diagnostics consécutive à l'intensification du dépistage est recevable. Elle implique de reconsidérer la validité de la définition classique du cancer fondée sur l'image histologique obtenue au microscope. Si l'évolution de la tumeur, notamment le processus de dissémination métastatique, faisait partie d'une nouvelle définition fondée sur la dynamique de la maladie cancéreuse, les statistiques n'auraient sans doute pas montré une telle augmentation. Une définition plus spécifique aurait l'avantage d'éviter l'angoisse et les traitements inutiles des « surdiagnostics » estimés statistiquement comme la majorité des cancers diagnostiqués classiquement au cours d'un programme de dépistage. Les données dont on dispose en France confirment donc la thèse de l'ouvrage de Gilbert Welch rédigé alors qu'il se trouvait, au début des années 2000, au Centre International de Recherche sur le Cancer de Lyon. Acceptez-vous le principe d'une remise en question de la définition classique du cancer à cause de son défaut de spécificité responsable des surdiagnostics ?
Bien sûr qu'il faut accepter à terme une remise en question d'une définition classique du cancer: La biologie
moléculaire permettra peut-être de faire la différence entre ceux qui ne sont pas évolutifs et qui sont donc des
surdiagnostics et ceux qui ont une tendance évolutive. Dans l'état actuel des choses, on ne peut pas nier
qu'il y ait des femmes qui sont médicalisées de façon inutile, mais on est obligé de s'appuyer, en santé publique,
sur les résultats globaux et donc sur les 30 % de gains sur la mortalité par le cancer du sein.
M. Jean-Daniel PICARD
Vous parlez de la fréquence de plus en plus grande du cancer du sein. Pour en avoir diagnostiqué plus de 30 durant mon activité en sénologie, observe-t-on une augmentation des fréquences du cancer du sein chez l'homme?
Le cancer du sein, chez l'homme, n'augmente pas significativement de fréquence actuellement.
Annexe 3
Flash-Email-SFSP N°23 du 9 juin 2006
Société française de santé publique
Site internet : http://www.sfsp.info
Dans ce numéro vous trouverez en actualités nouvelles :
- Cancer du sein dépistage
Cancer du sein / dépistage
Dans le contexte actuel de promotion large et consensuelle du dépistage des cancers, la revue Prescrire nous livre une réflexion documentée, structurée, argumentée qui va bien à contre-courant de toute l'idéologie actuelle.
L'analyse de la littérature des essais, une dizaine d'essais comparatifs randomisés chez environ 400 000 femmes au total, ne permet pas de démontrer et d'affirmer scientifiquement l'intérêt du dépistage systématisé par mammographie. Les données montrent que de nombreuses études sont entachées d'erreurs ou de parti pris méthodologiques. Les études retenues selon des critères scientifiques strictes ne concluent pas à l'intérêt du dépistage. Les méta analyses ne sont pas plus contributives pour conclure.
Ainsi, un bénéfice en termes de mortalité totale du dépistage mammographique dans la population générale n'est pas démontré. Si un effet (positif ou négatif) sur la mortalité totale existe, il est de faible ampleur. Si on tient compte des résultats des essais de bonne et de médiocre qualité, on peut estimer que l'effet va d'une diminution relative de la mortalité de 1% à une augmentation relative de3 %, au bout de 13 ans (pour une mortalité totale absolue de l'ordre d'environ 3 500 pour 100 000 femmes âgées de 50 ans à 59 ans suivies 13 ans, dans un essai canadien ; dont environ 450 décès dus à un cancer du sein, pour environ 2 500 cancers survenus).
Le dépistage mammographique dans la population générale détecte un grand nombre de cancers du sein. Cependant, environ un tiers des cancers ne sont pas le fait des dépistages organisés et sont diagnostiqués entre deux sessions de dépistage ("cancers de l'intervalle"). D'autre part, 30% à 50% des cancers dépistés sont très probablement non dangereux, car localisés et peu agressifs. Le dépistage par mammographies n'a pas diminué le nombre de traitements agressifs, notamment des ablations d'un sein. Environ 60% des anomalies dépistées en France sont en fait des "faux positifs".
Les diagnostics de cancer non dangereux ("diagnostics par excès") sont à l'origine d'examens complémentaires et de traitements inutiles, parfois agressifs, qui ont eux-mêmes des effets indésirables. L'irradiation répétée des seins est à l'origine de quelques cancers, en nombre mal connu. Les risques de faux positifs, de traitement par excès et de cancers radio induits sont d'autant plus élevés que le dépistage mammographique a commencé tôt.
L'ensemble de ces éléments demande à réévaluer le risque/bénéfice de ces dépistages. Si la décision est prise de réaliser des mammographies de dépistage malgré les incertitudes et les limites de la méthode, les meilleures conditions sont généralement celles du dépistage organisé avec contrôle de sa qualité.
"Le principal effet délétère du dépistage est le sur-diagnostic. Il consiste à détecter des lésions qui ne seraient jamais devenues des cancers du vivant d'une femme" nous explique le dr Marie-Hélène Dilhuydy spécialiste de la question et membre du Conseil d'administration d'Europa Donna.
Sources : La Revue Prescrire - Mai 2006 - Tome 26 - N°272 - pp. 348-374
http://www.prescrire.org/aLaUne/dossierKcSeinDepSyn.php
Annexe 4
La partie inférieure du graphique, les colonnes, représentent le nombre de décès annuels par cancer du sein. Ce nombre de décès annuels se situe autour de 10000. Il a augmenté de 2588 lorsqu’on compare 1980 à 2000, principalement à cause du vieillissement de la population : le risque de décéder par cancer du sein augmente avec l’âge.
La partie supérieure du graphique indique le nombre de diagnostics par année. La surface grisée correspond au surplus de cancers du sein diagnostiqués pendant ces 20 ans. Elle représente 193 000 cas, soit 3,6 fois l’épidémie de sida maladie en France pendant la même période.
L’intensification de la pratique de la mammographie a sans doute contribué à ce phénomène. On dénombrait en effet 308 appareils en 1980 et 2511 appareils en 2000.
Quand on connaît l’existence du réservoir de pseudo-cancers, il est difficile de contredire l’hypothèse d’une augmentation artificielle imputable au surdiagnostic.
Annexe 5
Publications et exposés du Dr Junod sur le cancer - 2002 à 2006
Publications et posters
Boutou O, Junod B, Labbe N, Laplace L, Leduff F, Menoret M, Quélier C. Etude sur les causes des disparités régionales dans la chirurgie du cancer du sein demandée par la Direction de l’Hospitalisation et de l’Organisation des Soins. Sous-direction de la Qualité et du Fonctionnement des Etablissements de Santé, Bureau E2 : qualité et sécurité des soins en établissements de santé, 129 pages, Octobre 2002.
Junod, B., Massé, R. – Dépistage du cancer du sein et médicalisation de la santé publique. Santé publique 2003, volume 15, n°2, 125-129.
Junod B, Boutou O, Le Duff F, Dirou S, Laurent JF. Qualité des données sur les interventions chirurgicales pour le cancer du sein. Journées Scientifiques d’EPITER – Résumés des communications – Septembre 2003 – 41.
Junod B, Deguen, S. Lead time in comparing Cohorts : Estimating deductively or inductively. Poster presented at the CELSE-3 Conference. Abstract A 53:82. Bristol UK. 22-24 September 2004.
Junod B, Quelier C. Les valeurs s’opposent-elles aux normes dans la pratique actuelle de la chirurgie du cancer du sein en France ? In Normes et valeurs dans le champ de la santé. SCHWEYER FX, PENNEC S, CRESSON G et BOUCHAYER F. pp 165-175. Editions de l’Ecole nationale de la santé publique, Rennes. 2004.
Junod, B, Massé R, Quélier C. – Cancer du sein : danger des certitudes prétendues. Santé publique 2004, volume 16, n°1, 21-26.
Chevrier, C., Junod, B., Cordier, S. – Does ozonation of drinking water reduce the risk of bladder cancer ?. Epidemiology, 2004, 15 : 605-613.
Philip T, Kasparian C, Fagnani F, Moatti JP, Meunieur A, Parodi AL, Mornex R, Paolaggi JB, Godeau P, Vacheron A, Dreux C, Dubois F, Junod B, Picard JD. Le dépistage du cancer du sein en France : bilan et limites. Discussion. Bulletin de l’académie nationale de medicine 2005, vol 189 N° 2 pp 321-339.
Junod B. Investigation du surdiagnostic consécutif au dépistage du cancer. In Compte rendu du cours de l’European School of Oncology (ESO) La lutte contre le cancer dans les pays émergents. Oncologie 8 : 616-617(2006)
Junod B, Deguen S, Domenighetti G. Public health implications of cancer overdiagnosis. Poster. Association of the Schools of Public Health in the European Region. XXVIIIth annual Conference. Maastricht September 15-17 2006.
Duperray B, Junod B. Dépistage du cancer du sein : une bonne intention, une mauvaise théorie, un résultat aberrant. Médecine 2 N° 8, Pages 364-367 (2006)
Exposés
Junod B, Quélier C, Ménoret M. Pratique de la chirurgie du sein et normes de soins en France. Colloque international organisé par l’atelier de recherche sociologique de l’université de Bretagne Occidentale et le Comité de recherche 13 de l’association internationale des sociologues de langue française. Brest. 20 – 21 mars 2003.
Junod B. L’épidémiologie, ses apports et ses limites. XVIème conférence nationale des présidents de commissions locales d’information. Paris. 8 décembre 2004.
Junod B. Pourquoi l’incidence du cancer augmente en France ?
Colloque du Groupe d’Etude en Statistique et en Epidémiologie (Rennes)
Université de Rennes 1, Faculté de médecine. 4 Mars 2005.
Junod B. Investigation of overdiagnosis as a consequence of screening. European School of Oncology. ATCC. Hammamet. décembre 2005.
Junod B. Dépistage du cancer : « surdiagnostic » et logiques institutionnelles.
Colloque du Groupe d’Etude en Statistique et en Epidémiologie (Rennes)
Université de Rennes 1, Faculté de médecine. 2 Décembre 2005.
Junod B, Zahl PH. Breast Cancer Screening, Overdiagnosis and Acceleration of the Appearance of Distant Metastases. Scientific Workshop. ENSP. Rennes. March 30th 2006
Junod B. Cancer du sein, diagnostic précoce et dépistage organisé,controverses. Pourquoi l’épidémiologie hésite à répondre. 19ème journée nationale de lutte contre le cancer (ATCC), Tunis, 8 décembre 2006.
Junod B. Précocité de l’intervention chirurgicale et conséquences métastatiques létales du cancer du sein. Colloque du Groupe d’Etude en Statistique, Epidémiologie et Socio-anthropologie. Faculté de médecine, Rennes, 17 novembre 2006.
Résumé
Les médecins mettent en pratique des théories et produisent des faits. La théorie d’une évolution linéaire du cancer et de la possibilité d’éviter à temps la dissémination des métastases ont encouragé la pratique du dépistage. Lorsque les faits n’ont pas été en accord avec ce que la théorie laissait prévoir, ils ont d’abord été niés, puis contestés. La réduction escomptée de la mortalité ne s’est pas produite et les principaux faits produits par le dépistage sont une augmentation des diagnostics de cancer. On a alors tenté de minimiser la réalité de l’ampleur de cette augmentation. On a aussi voulu attribuer cette augmentation à la dégradation de l’environnement. On a également accusé les pratiques de ne pas avoir satisfait aux exigences de qualité, d’où l’introduction de formations et de contrôles pour améliorer les actes à visée diagnostique et thérapeutique. Modifier la théorie est très difficile en médecine parce que cela implique de reconnaître que les pratiques enseignées sont fausses.
Depuis plus de 100 ans, la conjonction d’une théorie linéaire de l’évolution du cancer et d’une définition fondée sur un examen ponctuel a privilégié le repérage de tumeurs de petite taille à l’échelle macroscopique. Seulement, une tumeur d’un millimètre comprend des centaines de milliers de cellules. Une telle tumeur peut aussi bien avoir déjà disséminé des métastases ou au contraire régresser spontanément par la suite. Le refus de mettre en question le modèle linéaire classique s’appuie sur les illusions produites par le maintient d’une définition du cancer fondée sur l’examen au microscope d’un prélèvement ponctuel. La pratique actuelle du dépistage et les protocoles de soins standardisés empêchent l’amélioration de notre compréhension du cancer parce qu’ils produisent des surdiagnostics : des lésions étiquetées comme des cancers, mais qui n’auraient pas entraîné de conséquence sur la santé. Le nombre de pseudo-cancers traités inutilement interpelle.
Dans le domaine du dépistage du cancer, les conflits d’intérêts influent sur les publications scientifiques. Aussi, une prise de conscience collective de l’impasse dans laquelle mène le dépistage organisé du cancer est-elle nécessaire pour réorienter les pratiques et produire des résultats de recherche utiles à des soins qui améliorent la santé de la population.
Ouvrage de référence recommandé :
Welch HG. Dois-je me faire tester pour le cancer ? Peut-être pas et voici pourquoi.
Presses de l’Université Laval. 2005. 263 pages.